Quelle ville verte au juste?

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Élections à Québec
Élections à Québec

Qui sera du prochain conseil municipal? Suivez pas à pas les élections de l'automne 2009 dans la ville de Québec. »

Cette image futuriste, tirée du film The Age...

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Cette image futuriste, tirée du film The Age of Stupid de Franny Armstrong, montre Las Vegas en 2055, une cité rendue inhospitalière et désertique par l'inaction des humains devant les changements climatiques.

Éric Moreault
Le Soleil

(Québec) Imaginons Québec dans 15 ans. Lac-Saint-Charles, Val-Bélair et Beauport ont défusionné et érigé des clôtures avec des gardes-frontières. Les émeutes à propos du manque de nourriture et de transport en commun sont quotidiennes. Les policiers ne vont plus dans la cité de L'Ancienne-Lorette. Trop dangereux. Science-fiction?

Les chances que ce scénario se concrétise sont plus que minces. Mais il ne faudrait pas prendre à la légère ses prémisses, croit l'auteur James Howard Knustler, qui a brassé Québec la semaine dernière. Il croit que la rareté appréhendée du pétrole signifiera bientôt la mort de la banlieue et des bouleversements majeurs dans notre façon de vivre en ville. Si nous ne planifions pas cette révolution, nous allons frapper un mur. Solide.

Il étaye sa thèse de plusieurs arguments sur le pic pétrolier (moment où la demande mondiale annuelle commence à dépasser l'offre), qu'il serait facile de repousser du revers de la main en le traitant de prophète de malheur. Sauf qu'il y a un nombre croissant d'experts crédibles qui appuient sur la sonnette d'alarme.

Comme Jeff Rubin, ex-économiste en chef des marchés mondiaux de la CIBC. Que dit-il aux élus de Montréal? Qu'il faut investir dans les transports en commun et changer le zonage pour permettre une plus grande densité. On peut facilement imaginer que c'est valable pour Québec aussi.

En fait, la liste des inquiets s'allonge tout le temps?: Serge Enderlin (L'après-pétrole a commen­cé); Normand Mousseau (Au bout du pétrole); le département américain de l'Énergie, etc. D'autres soutiennent évidemment le con­traire, mais tous s'entendent sur au moins une chose. Le prix du pétrole va augmenter. Beaucoup. Ce qui nécessitera des changements importants pour limiter les déplacements motorisés et favoriser la marche, le vélo, le transport en commun...

D'autant qu'un nouveau rapport de l'ONU, publié jeudi dernier, soutient que les changements climatiques s'accélèrent. Bien que le choc sera beaucoup moins grand ici que dans le sud des États-Unis, par exemple, comment Québec s'adaptera à cette nouvelle donne? À quelques semaines des élections municipales, nous sommes dans le brouillard des concepts vagues et des déclarations d'intentions.

Les yeux fermés

Fascinant. Les Québécois ont toujours porté une plus grande attention aux affaires de la capitale qu'à la politique provinciale et fédérale. Alors que des choix cruciaux (urbanisme, transport, immigration, etc.) seront effectués dans les prochaines années, nous sommes prêts à élire un maire sans programme, les yeux fermés.

Je vous laisse juger des positions parfois contradictoires de Régis Labeaume sur l'avenir de Québec. D'un côté de la bouche, il parle de densification, «douce», il est vrai, et de l'autre, il dit vouloir sacrifier la ceinture verte de Québec au développement. Alors, quel Régis Labeaume dit vrai?

Ne comptons pas sur sa plate-forme électorale pour nous éclairer - elle ne contient que des voeux pieux. Il est trop commode de refuser d'élaborer et de rester dans le vague sous prétexte d'attendre le rapport de son Groupe de travail sur la mobilité durable.

À moins que, comme l'ex-première ministre Kim Campbell (Kim qui?), il estime qu'il s'agit de sujets trop sérieux pour faire l'objet d'un débat en campagne électorale... Passons.

Le Défi Vert de Québec et les groupes de défense des boisés urbains ont beau monter aux barricades pour prévenir la population, pas sûr que leur message soit entendu. Parfois, notre attitude collective sur les conséquences du prochain choc pétrolier et des changements climatiques me fait penser à celle d'un enfant qui se bouche les oreilles, se ferme les yeux et chante à tue-tête : «Je n'entends rien, je n'entends rien».

La cinéaste Franny Armstrong utilise une autre image, en fait plusieurs, dans The Age of Stupid. Dans son film (encore inédit ici), qui se déroule en 2055 dans un monde dévasté, un homme fouille dans les archives de 2008 pour comprendre pourquoi l'humanité n'a rien fait pour contrer les changements climatiques...

Pourtant, limiter sa dépendance au pétrole n'a rien de trop révolutionnaire. Le modèle de villes à échelle humaine et des véritables transports collectifs existe déjà. Ça s'appelle l'Europe.

Références

Jeff Rubin : http://www.cyberpresse.ca/le-soleil/actualites/environnement/200905/31/01-861649-labeaume-visionnaire.php et http://www.cyberpresse.ca/opinions/chroniqueurs/marie-claude-lortie/200909/24/01-904978-une-ville-verte-quelle-le-veuille-ou-non.php

Rapport de l'ONU : http://www.unep.org/compendium2009/

Le film The Age of Stupid : http://www.ageofstupid.net/

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