Prêts à sacrifier votre deuxième auto?

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Les efforts de Québec pour réduire les émissions... (Photothèque Le Soleil)

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Les efforts de Québec pour réduire les émissions de gaz à effet de serre d'ici 2020 pourraient vous coûter jusqu'à 800 $ par année, à moins de changer certaines habitudes.

Photothèque Le Soleil

Éric Moreault
Le Soleil

(Québec) Le Québec a vécu un moment historique, la semaine dernière. Vous ne l'avez peut-être pas remarqué, mais une ministre, libérale de surcroît, a osé s'attaquer à la sacro-sainte bagnole. Line Beauchamp a aussi osé dire que les Québécois devraient changer leurs comportements et payer pour lutter contre la pollution. Êtes-vous prêts à sacrifier votre deuxième auto?

Commencez-vous à y croire, que la situation créée par les changements climatiques est sérieuse? Tout autant que la fin appréhendée du pétrole et la crise économique? Il est facile de faire fi du discours écologique et des avertissements des experts, mais plus malaisé de passer outre quand le gouvernement vous prévient : «Vous avez beau continuer comme ça, mais vous allez payer pour.»

Concrètement, les efforts de Québec pour réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) d'ici 2020 risquent de vous coûter entre 300 $ et 800 $ par année. Ou peut-être pas grand-chose si vous consentez à changer certaines habitudes. En tout cas, Québec propose quatre scénarios de réduction, entre 10 % et 20 % de moins que les émissions de 1990. La ministre Beauchamp souhaite une cible ambitieuse. Jean Charest est moins catégorique...

Cette cible pourra difficilement être en bas de 20 % si la province veut garder son image verte (grandement facilitée par l'hydroélectricité). Mais aussi pour que ce soit significatif dans la lutte contre les changements climatiques, d'une part, et parce que le Québec a déjà un bout de chemin de fait, d'autre part.

En 2006, les GES du Québec étaient pratiquement au niveau de 1990. Or, c'était avant la mise en oeuvre de l'actuel plan de lutte contre les changements climatiques. À quel niveau sont-ils en ce moment? Et à quel niveau seront-ils en 2012? Peu importe. Québec veut discuter de tout ça en commission parlementaire.

Le sérieux de la démarche mérite d'être souligné. D'autant qu'il serait plus facile de baisser les bras. D'abord, il y a le fait que les nouvelles ne sont pas trop encourageantes pour les négociations sur le climat de Copenhague, en décembre. Au point où Yvo de Boer, le grand manitou climatique de l'ONU, a perdu patience. «Nous n'enregistrons pas de réels progrès», a-t-il déclaré en marge de la rencontre de Bangkok, qui se déroule jusqu'à jeudi. Et malgré des signes encourageants, les États-Unis se traînent encore les pieds.

Ensuite, Jean Charest devra convaincre les délégués des quelque 180 pays présents à Copenhague de faire une place aux États fédérés dans le prochain traité de lutte contre les changements climatiques. Ce n'est pas gagné : plusieurs pays ne veulent rien savoir, pour des questions de politiques internes (le Canada, peut-être ?).

Finalement, le gouvernement doit composer avec une crise économique qui maltraite notre situation budgétaire. On peut penser en conséquence que Québec a bien d'autres chats à fouetter que l'avenir de la planète.

Erreur. Le gouvernement libéral, et le premier ministre Jean Charest en tête, est convaincu que les États qui vont se sortir du trou seront ceux qui auront réussi à développer une économie plus verte au bénéfice des citoyens.

Les groupes environnementaux ont, bien entendu, salué le voeu du gouvernement du Québec d'adopter une «cible ambitieuse». Le PQ en a même rajouté, suggérant une diminution des GES de 25 % pour 2020!

Reste maintenant à voir comment vous réagirez. Cette fois, la balle est dans le camp de la population. Après sa consultation, Québec pourra agir avec une légitimité démocratique, ce qui est assez habile et donne du poids à sa démarche auprès des industries et des instances internationales. En fait, il reste plutôt à savoir si vous réagirez tout court.

Une partie du problème avec les changements climatiques, disent sociologues et psychologues, c'est qu'ils sont abstraits et représentent une menace trop lointaine pour nous faire réagir. La complexité du phénomène rend aussi difficiles les efforts pédagogiques, surtout de la part de scientifiques peu habitués à vulgariser.

Les lobbyistes (de pétrolières ou autres), les sceptiques du climat et les adeptes de la théorie du complot ont alors beau jeu pour envahir le discours public, qui devient cacophonique, au point où le citoyen moyen ne sait plus à quel expert se vouer et finit par ne plus rien vouloir entendre sur le sujet.

Ce qui a poussé le physicien américain et expert en énergie Joseph Romm, exaspéré, à écrire ce qui suit : «Nous avons besoin d'entendre clairement tous les avertissements qui nous parviennent, compte tenu que les humains ne sont pas comme des grenouilles en train de bouillir, mais plutôt des grenouilles sans cervelle en train de bouillir.»

Le document de consultation du gouvernement du Québec : http://www.mddep.gouv.qc.ca/chang-clim/2005-2020/cible2020.htm

Discussions à Bangkok : http://en.cop15.dk/news/viewnews?newsid=2265

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