Dans les années 80, on pouvait compter jusqu'à une vingtaine de ces géants chaque année dans les environs de Mingan, mais leur présence y est devenue rare, a indiqué Sophie Comtois, mardi, lors du congrès de la Société de biologie des mammifères marins, qui a lieu à Québec cette semaine. La raison de ce départ est assez bien établie: le krill, dont les baleines bleues se nourrissent, est beaucoup moins abondant qu'avant dans le golfe.
Jusqu'à récemment, on croyait qu'un refroidissement de la température de l'eau aux profondeurs où le krill se tient, survenu dans les années 90, était responsable de ses malheurs - et il est bien possible qu'une partie de l'explication soit là, dit Mme Comtois. Mais ces eaux se sont réchauffées dans les années 2000 sans que la population de ces petits crustacés ne se remette à croître, poursuit-elle.
Dans son mémoire de maîtrise déposé à l'Université du Québec à Rimouski, Mme Comtois a donc exploré une nouvelle cause, très médiatisée mais plus indirecte : la chute des stocks de morues et de sébastes dans le golfe. «La morue, dit-elle, c'était le poisson du Saint-Laurent, c'était l'espèce la plus abondante, et tout à coup il n'y en a plus beaucoup.» De plus, non seulement leur nombre a-t-il diminué, mais ce sont surtout les plus gros individus qui sont pêchés, ce qui a réduit pour la peine la taille moyenne de l'espèce.
Morues trop petites
Or, les grandes morues étaient des prédateurs très importants de nombreuses espèces de «poissons fourrage», comme les appellent les biologistes. Les morues restantes étant moins nombreuses et souvent trop petites pour consommer ces espèces, celles-ci en profitent maintenant pour proliférer - c'est du moins ce que suggèrent des études sur les populations de capelans et de harengs, précise Mme Comtois. Et comme ces petits poissons ont toujours été d'avides consommateurs de krills, cela mène notre chercheuse à croire que le départ des baleines bleues pourrait s'expliquer par la compétition alimentaire accrue qu'elles doivent maintenant affronter dans le golfe.
D'ailleurs, signale-t-elle, le nombre de baleines à bosse, une espèce friande de petits poissons, a sensiblement augmenté au cours de la même période.
Il est «difficile de dire» si la quasi-disparition des baleines bleues constatée à Mingan affecte l'ensemble du golfe, nuance Mme Comtois. Dans l'estuaire, à l'embouchure du Saguenay, des courants marins spéciaux charrient d'immenses quantités de krill qui attirent encore des baleines bleues, mais même là-bas, leur nombre semble avoir diminué récemment.
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