Un tramway nommé D'Estimauville

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En 1995, la Ville de Bordeaux, qui a... (Photothèque Le Soleil)

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En 1995, la Ville de Bordeaux, qui a une population comparable à celle de Québec, a emprunté 1,5 milliard $ pour bâtir 45 kilomètres de tramway, sans hausser ses taxes pour autant.

Photothèque Le Soleil

Éric Moreault
Le Soleil

(Québec) Que diriez-vous d'une proposition radicale pour revitaliser D'Estimauville et contribuer à la prospérité de Québec? Il suffirait d'implanter le tramway et de bâtir autour. Farfelu? Le modèle a pourtant fait ses preuves en Europe, notamment à Copenhague et à Bordeaux. «All abord this crazy train», comme chantait Ozzy, ce grand poète...

L'idée n'est pas de moi, mais de l'architecte Normand Hudon. Évidemment, elle se bute à une réalité incontournable. Québec n'attendra pas 15 ans avant de relancer D'Estimauville, ce secteur à l'abandon près de la baie de Beauport. D'ailleurs, Ottawa y implantera bien avant son immeuble pour relocaliser en un même lieu ses fonctionnaires fédéraux.

En fait, sa proposition sert à illustrer une vision cohérente avec un réel développement durable?: le transport en commun doit précéder l'aménagement urbain et non l'inverse. Alexandre Turgeon, de Vivre en ville, me disait la même chose, il y a deux ans?: densifier la ville avant de développer adéquatement le transport en commun équivaut à mettre la charrue avant les boeufs.

Le mot important à retenir : adéquatement. On aura beau multiplier les parcours et les abribus, si le passager réduit son temps de déplacement de cinq minutes, il continuera à prendre son auto. En fait, il y aura toujours une importante frange de la population qui ne voudra rien savoir de l'autobus. Or, un tramway, ou son équivalent, se déplace plus rapidement. Il est chauffé ou climatisé, selon la saison.

Normand Hudon rentre tout juste d'un séjour à Copenhague, au Danemark. Là-bas, on n'hésite pas à investir une fortune pour implanter d'abord un transport en commun (tramway, train, etc.) efficace, rapide et confortable. Immédiatement, la valeur des terrains augmente et les constructions poussent. Si bien que le retour sur l'investissement prend environ 15 ans.

Les beaux bâtiments, c'est bien beau, justement, mais ça ne règle pas notre problème de dépendance à la voiture. Alors que cette révolution de la mobilité, où l'auto est reléguée au second plan, permet de réduire la largeur des rues, le nombre de cases de stationnement et, surtout, d'ériger des quartiers où il fait bon vivre, avec moins de bruit et de pollution. Québec pourrait réellement prétendre au titre de cité verte.

Alain Juppé, le maire de Bordeaux, disait exactement la mê­me chose lors de son passage au Québec, la semaine dernière. La ville jumelle de Québec a environ la même population. En 1995, on a emprunté 1,5 milliard $ pour 45?km de tramway, et profité de l'occasion pour moderniser la cité d'Aquitaine. Lisez attentivement ce qui suit : sans AUGMENTER les taxes!

Mieux que le colisée

Je ne veux faire de peine à personne, surtout à ceux qui rêvent en couleurs, mais il s'agit d'un bien meilleur investissement collectif qu'un amphithéâtre de 400?millions $. N'en déplaise à Régis Labeaume, «le tramway, ça va au-delà du moyen de transport, a expliqué M. Juppé. Ça facilite la vie des gens, c'est plus rapide, mais c'est aussi un outil d'aménagement et d'urbanisme. Cela a recréé de la solidarité avec les villes de la couronne bordelaise, mais aussi une activité économique qui a profité à tout le monde».

Soyons juste?: le discours du candidat à la mairie a d'ailleurs changé un peu, ces dernières semaines. Et certains membres de son équipe, dont Line-Sylvie Perron, n'ont pas peur de l'anathème lorsqu'ils se disent «séduits» par l'idée. Danielle Roy Marinelli, la mairesse de Lévis, voit également d'un bon oeil un éventuel tramway. Le projet du RTC, en 2003, prévoyait d'ailleurs une ligne entre Saint-Romuald et Sainte-Foy.

Éventuellement, le boulevard de la Rive-Sud pourrait aussi accueillir un tel équipement, qui servirait de lien réel entre Lévis et Québec, tout en décongestionnant les ponts et en réduisant la pollution. C'est pas beau, ça? Quoi? Trop cher? Et combien de centaines de millions de dollars de vos taxes servent à l'entretien du réseau routier, pensez-vous? Pas moins de 369 millions $ pour la Capitale-Nationale et 193 millions $ pour la Chaudière-Appalaches - par année.

De plus, les gouvernements accordent annuellement 1,4 milliard $ en subventions et en avantages fiscaux aux très polluantes pétrolières. Où serait la gêne d'appuyer un projet de tramway moderne de 750 millions $ pour Québec?

Nous devons être plusieurs à avoir l'impression de radoter. Depuis 2001, au moins. Mais, paraît-il, petit train va loin...


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