Q   Vous présentiez à Québec une conférence intitulée Une justice climatique pour protéger l'humanité, à l'occasion des Journées québécoises de solidarité internationale, qui se déroulent jusqu'au 11 novembre. Qu'est-ce que ça signifie?
R   Nous sommes tellement en symbiose avec notre environnement dans l'Arctique. La glace, la neige et le froid représentent la vie, depuis des millénaires. Alors quand la situation devient précaire, ces droits que nous avons, comme autochtones, de maintenir notre mode de vie sont minimisés ou même écrasés par les implications des changements climatiques. Les changements sont trop rapides pour nous adapter.
Q   Croyez-vous que les gens du Sud peuvent se sentir concernés?
R   Oui. De plus en plus de gens comprennent les interconnexions, que ce qui se passe dans l'Arctique est un signal d'alarme pour le reste du monde. Quand nous sommes à la chasse ou à la pêche, il ne s'agit pas seulement de notre nourriture, mais aussi de l'apprentissage d'habiletés et de formation du caractère : la patience; l'audace sous pression; le courage; ne pas être impulsif; le jugement; toutes ces choses qui vous font prendre les bonnes décisions aux bons moments. Toutes ces choses qui permettent aux jeunes Inuits de s'inspirer d'un mode de vie ancien pour en affronter un nouveau et d'exercer un sain jugement quand vient le temps de dire non aux drogues, au suicide. Tout est lié.
QÂ Â Â Dans ce contexte, que pensez-vous des sceptiques des changements climatiques?
R   Je me préoccupe peu de ceux qui vivent cette forme de déni. Sinon pour leur dire : «Allez au Nord voir par vous-mêmes.» Il est facile dans un milieu urbain d'être aveugle au portrait global, de se dire :«Il ne se passe rien au quotidien et tout va pour le mieux sur ma planète.» Mais quand vous dépendez de l'environnement pour la nourriture et de la glace pour vous déplacer, vous constatez la magnitude des changements en cours.
QÂ Â Â Les sceptiques sont une chose, mais le gouvernement Harper en une autre...
R   Une autre forme de déni, n'est-ce pas? (rires) Nous devons être très conscients, à ce moment de notre histoire, des changements en action. Ce n'est pas le temps des joutes politiques, ni de prétendre que les Canadiens vont perdre leur mode de vie. Ça n'a plus des accents de vérité parce que des pays européens nordiques nous démontrent qu'on peut prospérer en étant responsable. Cet argument est plein de trous. La Norvège, qui dépend des hydrocarbures, va réduire énormément ses émissions de GES et jouer un rôle de leader sur la question. Le Canada peut faire de même. Il n'y a pas d'excuses.
Q   Êtes-vous optimiste pour le Sommet sur les changements climatiques de Copenhague?
R   Oui et non. Je suis une optimiste de nature. Je crois que le bien fera surface et que nous aurons un solide traité post-Kyoto. Toutefois, avec ce qui se passe ces dernières semaines, je ne suis pas sûre que ce sera à Copenhague. Bien qu'il y ait plein de gens créatifs qui tentent l'impossible pour y arriver. Il y aura beaucoup de positif, mais pour la somme des parties, je ne suis pas certaine qu'il y aura des changements monumentaux en raison du comportement de pays comme le nôtre et les États-Unis, dont nous ne connaissons pas encore la vraie position.
















