De l'ordre dans les déchets

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Les restes de table représentent presque la moitié... (Photothèque Le Soleil)

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Les restes de table représentent presque la moitié du sac de poubelle. L'idéal serait qu'une majorité de citoyens les récupèrent pour faire du compost maison. Ce qui est utopique.

Photothèque Le Soleil

Éric Moreault
Le Soleil

(Québec) À première vue, la nouvelle est formidable : pour la première fois de leur histoire, les Québécois recyclent plus qu'ils ne jetent aux ordures. Mais elle cache une triste réalité. La quantité de déchets que nous produisons explose : de 47 % entre 1998 et 2008. C'est aujourd'hui que nous allons voir si Québec a le courage de mettre de l'ordre dans les ordures, avec le dépôt de sa nouvelle politique de gestion des matières résiduelles.

L'acte de recycler est presque devenu une seconde nature - à la maison. Même si les contenants à récupération commencent à apparaître dans les lieux publics, beaucoup d'entre nous se débarassent des résidus à la première poubelle venue. Même chose au travail... Au bout du compte, c'est ce qui explique qu'on retrouve entre 20 % et 40 % de matières recyclables dans les ordures. C'est beaucoup trop pour une société qui se targue de vouloir être écologique.

Donner une seconde vie au verre, au métal, au plastique et au papier, plutôt que de les expédier à l'incinération ou à l'enfouissement, c'est bien, mais il y a un coût économique et environnemental à la récupération.

Il est mieux de réduire à la source la quantité de déchets et de s'attaquer au fléau du suremballage. La meilleure façon d'y arriver demeure la pression populaire. Malheureusement, trop peu d'entre nous vont se priver d'acheter un produit suremballé ou qui a demandé beaucoup de ressources à produire. Et même plein de bonne volonté, trop souvent, l'information nous manque.

D'où l'importance du concept des responsabilités élargie du producteur (REP). Celui-ci devient responsable de l'impact écologique de ses produits, du début à la fin - surtout à la fin. Dans le cas de produits dangeureux, il doit les reprendre, comme on le fait déjà pour les pneus, la peinture ou l'huile à moteur.

Reste qu'il y a un domaine où le consommateur a une grosse part à faire : les matières organiques. Les restes de table représentent presque la moitié du sac de poubelle. L'idéal serait qu'une majorité les récupèrent pour faire du compost maison. Ce qui est utopique. Plusieurs villes n'ont pas voulu se salir avec cette collecte, ce qui explique que la quantité de matières récuaepérées dans une poignée de municipalités représentent un taux de 12 % - l'objectif pour 2008 était de 60 %!

Québec, Lévis et bien d'autres ont compris qu'elles n'avaient plus le choix (elles auront néanmoins un sérieux travail d'éducation et de sensibilisation à faire). Mais il revient au gouvernement du Québec de mettre en place les conditions gagnantes favorisant la collecte trois voies. Normalement, ce devrait être un gros morceau (avec la REP) de sa nouvelle politique de gestion des matières résiduelles, qui sera dévoilée aujourd'hui.

Celle-ci définira nos efforts pour réduire le gaspillage au cours des dix prochaines années. Pour bien faire, il devrait contenir une hausse importante des redevances à l'élimination dans les dépotoirs. Il n'y a rien comme une bonne taxe pour réduire le gaspillage. Dans la foulée, Québec pourrait aussi imposer des mesures coercitives pour réduire le volume des déchets (ne vous inquiétez pas, le gouvernement Charest n'aura jamais ce courage politique). Il pourrait également imposer un droit environnemental sur les emballages, les contenants et les produits non recyclables et à usage unique ainsi qu'imposer un taux minimum de matières recyclées dans la production des nouveaux produits, comme le suggère les groupes environnementaux.

Autre cible qui devrait être prioritaire : le secteur industriel, commercial et industriel (ICI). Bien que ce soit le secteur qui génère le plus de matières résiduelles, c'est aussi celui qui en envoie le plus à l'élimination. Bien sûr, il faut des collectes pour les commerces de quartier et les PME. Mais Québec devrait commence dans sa cour : le réseau de la santé, qui «pèse» pour plus du tiers des déchets du ICI, affiche un taux de récupération famélique de 11 %.

Ce document doit aussi aborder une autre question épineuse, celle des boissons consignées. Malheureusement, il semble qu'on optera pour le statu quo alors qu'il faudrait, au minimum, hausser la consigne à 0,20 $ et l'étendre aux bouteilles d'eau et aux jus de fruits. Pour que la consigne et la collecte sélective soient réellement complémentaires, il faut agir en conséquence. Sinon, on va en discuter aussi longtemps que la couleur de la margarine.

On verra bien. Et on s'en reparle.

Références

Le Bilan de gestion des matières résiduelles: http://www.recyc-quebec.gouv.qc.ca/client/fr/industrie/forum.asp

Les suggestions des conseils régionaux de l'environnement : http://www.rncreq.org/

 

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