L'étrange ballet de Copenhague

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«Nous risquons d'écrire la plus longue note de suicide de l'histoire» - José Manuel Barroso, président de la Commission européenne

Éric Moreault
Le Soleil

(Québec) La figure de style «ballet diplomatique» est souvent utilisée pour qualifier des négociations internationales. Mais on dirait qu'avec l'étrange danse qu'interprètent divers pays en vue du sommet de Copenhague sur les changements climatiques, personne ne partage la même partition - sans compter les mauvais danseurs qui sont pétrifiés à l'idée d'entrer en piste, comme Stephen Harper. À quel spectacle aurons-nous droit?

Les organisateurs (les Nations Unies) ont longtemps craint que la représentation se déroule sans ses deux principaux acteurs. Mais la Chine et les États-Unis ont surpris les observateurs la semaine dernière en annonçant leur participation et en dévoilant (un peu) leur jeu.

Les Chinois veulent réduire de 40?% à 45?% l'intensité de leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) pour 2020, comparé à 2005. Ce qui signifie que les GES vont continuer à augmenter, mais moins rapidement qu'en ce moment. Autrement dit, la Chine veut poursuivre sa croissance.

L'administration américaine pro­pose une cible de réduction absolue de 17 % en 2020 par rapport à 2005. C'est peu comparé à l'Union européenne et au Japon, qui veulent réduire de 20 % et 25 % leurs GES, mais sur la base de l'année de référence du protocole de Kyoto (1990). La réduction des États-Unis, par rapport à 1990, serait donc de 4 %.

L'avancée est tout de même là après l'immobilisme des années Bush. Qui plus est, considérant la situation politique intérieure, Barack Obama a étiré l'élastique au maximum, si on en croît les écologistes américains.

Ajoutons que, dans un cas comme dans l'autre, il s'agit d'une position de départ à l'entrée de négociations qui s'annoncent tumultueuses, mais vitales pour l'avenir de la planète. À preuve : Copenhague, le 15e sommet de l'ONU sur les changements climatiques, réunira un nombre record d'au moins 65 chefs d'État.

La pression devenait insupportable pour Stephen Harper qui a annoncé sa participation 24?heu­res après avoir dit qu'il n'irait pas... Le premier ministre canadien se présentera toutefois à table les mains vides et avec une crédibilité proche du zéro absolu.

Alors qu'on estimait peu probable que le sommet de Copenhague débouche sur un traité semblable à celui de Kyoto, le vent semble tourner. Les dirigeants devront toutefois s'entendre sur cinq points incontournables, quitte à ratifier les détails plus tard : des cibles ambitieuses de réduction en accord avec la science pour les pays développés; des cibles con­traignantes rapportées et vérifiées pour les pays émergents ; des mesures d'aide et d'adaptation pour les pays en voie de développement; déterminer qui payera pour ces mesures et comment arrêter la déforestation. Pas évident.

Des niveaux inégalés

Ces négociations, du 7 au 18 décembre, sont vitales, disions-nous, parce que la détérioration des ressources naturelles s'accélère, révèlent plusieurs documents récents. Ainsi, la pollution au dioxyde de carbone a augmenté de 2 % l'an dernier malgré la récession, essentiellement à cause de la Chine, selon une étude de la Québécoise Corinne Le Quéré. Si bien que la concentration des divers GES a atteint des niveaux inégalés, a signalé l'Organisation météorologique mondiale.

Résultat : les hausses de température et du niveau des océans sont supérieures aux prévisions du Groupe intergouvernemental d'experts sur le climat (GIEC), selon 24 climatologues réunis sous la houlette de l'Institut de recherche sur les impacts du climat de Potsdam. Pour paraphraser un éminent scientifique, «les derniers résultats scientifiques nous démontrent qu'on est plus dans la merde qu'on ne le croyait». Sortons-en au plus vite.

En fait, améliorer la santé de la planète permettrait aussi d'améliorer la nôtre, selon la prestigieuse revue médicale The Lancet. Réduire les émissions de CO2 générées par la combustion d'énergies fossiles (essence, gaz naturel, etc.) réduirait d'autant les maladies pulmonaires et cardiaques qui peuvent être prévenues. Des millions de vies seraient sauvées, estiment les scientifiques.

Bref, les dirigeants mondiaux sont condamnés à s'entendre, sous une forme ou une autre. Sinon, comme disait récemment José Manuel Barroso, le président de la Commission européenne, «nous risquons d'écrire la plus longue note de suicide de l'histoire».

Références

Obama à Copenhague: http://www.nytimes.com/2009/11/26/us/politics/26climate.html

Annonce de la Chine: http://www.nytimes.com/2009/11/27/science/earth/27climate.html

L'étude de Corrine Le Quéré: http://www.nature.com/ngeo

Rapport du gouvernement américain: http://tinyurl.com/usimpacts

Le diagnostic de Copenhague: http://www.copenhagendiagnosis.com

L'étude de The Lancet: http://www.thelancet.com/series/health-and-climate-change

Pleurons la mer Morte

La mer Morte se réduit comme peau de chagrin, au point où elle pourrait bientôt se réduire à une simple mare! L'étendue d'eau la plus salée du monde, victime de l'activité humaine et des tensions politiques régionales au Proche-Orient, a perdu un tiers de sa surface depuis 1970. Le niveau baisse d'un mètre par an et son rivage a reculé de plus d'un kilomètre à certains endroits. Elle pourrait disparaître d'ici 2050. Israël, en grande partie, la Jordanie et la Syrie détournent une partie du Jourdain, qui alimente la mer Morte, à des fins agricoles et industrielles. Mais le tourisme, le développement (notamment l'exploitation d'usines de production de sel) et les changements climatiques sont aussi responsables de ce déclin. La Jordanie veut profiter du sommet de Copenhague pour sensibiliser la communauté internationale au sauvetage du point le plus bas du globe (422 mètres sous le niveau de l'océan). On a déjà envisagé de pomper de l'eau de la mer Rouge et de l'acheminer par

un canal de 180 km. 

Homme, riche et en santé...

Les changements climatiques ne sont pas que sécheresses, fonte des glaciers et phénomènes météorologiques extrêmes. Ils ont un visage, celui d'une femme, pauvre. Nous ne sommes pas tous égaux devant les dérèglements du climat. Mieux vaut être un homme riche et en santé. Car les femmes, en particulier dans les pays en voie de développement, sont plus vulnérables parce qu'elles ont souvent moins d'autonomie. Des facteurs biologiques les rendent aussi plus fragiles lors de fortes chaleurs ou des tempêtes, mais c'est surtout leur statut social qui handicape leur capacité d'adaptation, indique un rapport du Fonds des Nations Unies pour la population. Le rapport souhaite que cette dimension humaine soit bien prise en compte lors des discussions qui se

dérouleront au Sommet de Copenhague sur les changements climatiques, du 7 au 18 décembre. 

Conseil de la semaine: pensez à des jouets usagés

Décembre commence demain et, comme me le rappellent constamment mes trois frimousses, Noël s'en vient. Pourquoi ne pas acheter local et usagé? Réno-Jouets offre des jouets remis à neuf à prix abordable, tout en sensibilisant les jeunes et leurs parents à la protection de l'environnement. Vous pouvez même leur refiler (discrètement) des cadeaux qui traînent depuis longtemps dans votre coffre à jouets, au bénéfice d'autres enfants. L'organisme offre en exclusivité des meubles pour enfants fabriqués en partie à partir de bois récupéré, des créations de la compagnie Les Prestigieuses. Le magasin de Réno-Jouets est situé au 2699, rue Watt dans le parc Colbert, à Sainte-Foy. Il faut payer comptant, car l'argent des ventes sert aussi à financer des organismes de charité et des projets pour les jeunes. Info : 418 877-7878 ou www.reno-jouets.ca

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