Une ville à repenser...

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Au rythme où vont les choses, Québec n'a... (Photothèque Le Soleil)

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Au rythme où vont les choses, Québec n'a guère le choix de favoriser la mobilité durable : l'espace en ville se raréfie, la congestion augmente, la population aussi.

Photothèque Le Soleil

Éric Moreault
Le Soleil

(Québec) Quand avez-vous pris l'autobus la dernière fois? Une éternité, dites-vous. Vous seriez surpris. Il y a encore place à l'amélioration, mais ça devient plus convivial, ponctuel, rapide et confortable. Mon seul témoignage ne suffira certainement pas à vous convaincre. Ce sera plutôt à la Ville de s'en charger. Que ça leur (et vous) plaise ou non. L'avenir de Québec en dépend - ça, c'est pas moi que le dit, mais Régis Labeaume.

Québec n'a guère le choix de favoriser la mobilité durable : l'espace en ville se raréfie, la congestion augmente, la population aussi. De 1996 à 2006, le nombre d'autos a augmenté de 29 % et le temps de déplacement a parfois doublé sur les principales artères. Pendant ce temps, la part de marché de l'autobus a chuté de 16 % à 10 % - une aberration.

Le maire Labeaume craint que Québec devienne ainsi moins attrayante. Ça se pourrait. Surtout que son air devient aussi plus pollué - la qualité de vie finit par en souffrir. Il faut repenser notre façon de nous déplacer et revoir notre façon d'habiter la ville.

Pour ça, il faut d'abord convaincre une majorité qu'il s'agit d'une nécessité. Pour qu'ensuite une partie de la population puisse envisager l'auto comme une solution pratique, mais de dernier recours, plutôt qu'un incontournable. Les succès américains et européens en transports en commun reposent sur la sensibilisation.

Malheureusement, il n'y a jamais d'argent pour ça ici. Ou si peu. L'exemple vient de haut. Le gouvernement du Québec vient de proposer une ambitieuse politique de gestion des matières résiduelles, qui vise à vous con­vaincre, entre autres, de l'importance de composter vos restes de table. Combien d'argent pour ça? Des peanuts.

Pour en revenir à la mobilité durable, de quoi faut-il vous con­vaincre au juste? Qu'une ville qui favorise les déplacements à pied, en autobus, à vélo et autres devient plus attrayante pour les jeunes. Que la mobilité durable peut servir de levier pour revitaliser des quartiers et pour repenser l'urbanisme, dessiner une ville moderne à échelle humaine, respectueuse de sa riche histoire (Amsterdam est un bon exemple). Que ces jeunes «créent de la richesse», un atout dans une ville qui vieillit et donc dépense moins localement.

À l'inverse, si Québec ne fait rien, ça va être laid. Pour amortir le choc d'une hausse de 58 000 habitants de plus d'ici 2035, il faudrait 3500 hectares en périphérie, l'équivalent de 5600 terrains de football. Bonjour les dégâts de l'étalement urbain, les coûts qui y sont rattachés sur votre compte de taxes et, évidemment, la hausse de la congestion autoroutière qui vient avec.

Qualité avant tout

C'est bien beau tout ça, mais on n'attire pas les mouches avec du vinaigre. Ni avec la vertu. Pour reprendre Pierre Bouvier, du RTC : personne ne prend le transport en commun pour des questions d'environnement. Il faut miser sur la qualité du service (propreté, modernité, confort, etc.). Le reste viendra tout seul.

S'ils sont sérieux dans leur volonté de moderniser Québec, l'administration municipale, et dans une bien moindre mesure le RTC, devront finir par admettre une chose : la mobilité durable ne se limite pas aux autobus, fussent-ils hybrides. Il faut multiplier les modes de transport afin que chacun puisse les utiliser à sa guise. À San Francisco, on dénombre 11 moyens de transport différents. On n'en demande pas tant.

Mais si la Ville est sérieuse dans sa démarche d'un réseau utilitaire pour les vélos, par exemple, il faudra s'assurer d'une réelle complémentarité. Ce que font les villes en installant des supports à vélos sur les autobus et les tramways.

On revient à ce qu'on disait : il faut rendre la mobilité durable attirante (sexy?). Le RTC le fait avec ses Métrobus et ses parcours Express, mais son plus beau succès à ce chapitre demeure le parcours 400, le long du boulevard Champlain, et ses stationnements incitatifs. C'est autant d'autos qui ne se sont pas dirigées vers le centre-ville.

D'ailleurs, une très grande majorité de ceux qui l'ont emprunté ne prennent habituellement pas l'autobus et, pour plusieurs, c'était une première! Si l'expérience en a convaincu une poignée de prendre l'autobus, même occasionnellement, c'est déjà ça de pris.

Si mon père y a pris goût...

Pas si blanche, la neige

Les neiges éternelles des hautes cimes ne sont pas aussi pures qu'on le croit. Des échantillons prélevés sur l'Aconcagua, le point culminant de la cordillère des Andes et plus haut sommet des Amériques, ont relevé des traces de BPC. Les taux sont peu élevés, mais ils démontrent la persistance de ce contaminant, qui est très nocif pour la santé, dans l'environnement. Les BPC, même s'ils sont interdits depuis 2001, prennent un temps fou à s'éliminer et peuvent facilement voyager par la voie des airs. Les scientifiques croient que les hauts sommets piègent les BPC lorsque d'infimes quantités circulent dans l'air. La fonte des glaciers provoquée par les changements climatiques favoriserait leur dispersion, estiment les scientifiques. La nouvelle est préoccupante. Car dans certaines régions du monde, l'eau des glaciers est utilisée en agriculture et comme source d'eau potable. Avec tout ce que ça suppose de problèmes de santé potentiels.

Pollueurs... non payeurs

Les écologistes ont vivement déploré que Québec n'oblige pas les compagnies minières à payer pour la décontamination des mines abandonnées, une facture de 264 millions $ aux frais des contribuables. Pendant ce temps, aux États-Unis, l'acheteur mexicain du géant minier Asarco (en faillite) devra débourser 1,9 milliard$ pour la décontamination de 80 sites répartis dans

19 États. Asarco a extrait pendant plus d'une décennie du plomb, du zinc et du cuivre, laissant dans son sillage des quantités astronomiques d'arsenic et de métaux lourds qui contaminent l'environnement. La plupart des mines avaient été

restaurées au fil du temps, mais pas suffisamment décontaminées. 

Des déchets transformés en gaz

Valleyfield sera la première ville québécoise à accueillir un projet de transformation des déchets en gaz synthétique et biodiesel. Cette technologie de recyclage des déchets à base de carbone a été développée par Global Clean Energy, avec l'aide de Cascades. Les essais ont d'ailleurs été menés à Kingsey Falls. D'ici 18 mois, l'usine de gazéification devrait traiter entre 30 000 et 35 000 tonnes de matières résiduelles par an, qui produiront plus de 45 millions de litres de biodiesel. Quant à la compagnie québécoise Enerkem, elle vient tout juste d'obtenir 50 millions$ du gouvernement américain pour l'implantation d'une usine de transformation de résidus et déchets en biocarburant à Pontotoc, au Mississippi. Enerkem va construire et exploiter la bioraffinerie, d'une capacité de 110 000 tonnes, qui produira 36 millions de litres d'éthanol par année, ainsi que des produits chimiques verts, à partir de matières résiduelles urbaines triées et de résidus de bois. Dans les deux cas, c'est autant de matières qui évitent l'enfouissement, la décomposition et la production de GES.

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