Le ministre fédéral de l'Environnement, Jim Prentice, est toutefois passé à la contre-attaque mardi, en faisant comprendre au premier ministre du Québec qu'il le jugeait mal placé pour lui faire la leçon.
À la fin d'une journée mouvementée à Copenhague, M. Prentice n'a pas nié que son gouvernement envisage la possibilité de revoir à la baisse les efforts de réduction d'émissions de gaz à effet de serre imposés à l'industrie du pétrole et du gaz, comme le soutient le réseau anglais de Radio-Canada.
Selon CBC, des documents devant être présentés au cabinet de Stephen Harper avant la Conférence de Copenhague suggèrent que cette industrie réduise ses émissions de 15 mégatonnes, plutôt que de 48 mégatonnes comme prévu précédemment dans le programme «Prendre le virage».
«Aucune décision n'a été prise», a d'abord déclaré le ministre lorsque questionné à ce sujet. Puis, il a reconnu que le gouvernement Harper cherchait à se doter d'un plan qui correspondra à celui qu'adopteront les États-Unis en matière de lutte aux changements climatiques.
Selon lui, si les Américains concèdent des avantages à certains secteurs de l'industrie faisant face à d'importants coûts pour se conformer aux objectifs environnementaux, le Canada devra en tenir compte et assurer la compétitivité de ses propres entreprises.
Explications exigées
Réagissant aux informations révélées par CBC, M. Charest avait sommé plus tôt le gouvernement Harper de fournir des explications.
«Je ne vois pas comment un citoyen canadien pourrait accepter un scénario comme celui-là», a lancé le premier ministre, qui craint que des avantages consentis pour l'exploitation des sables bitumineux forcent les autres économies canadiennes à de plus grands sacrifices.
«On s'attend à ce que tout le monde fasse sa part pour réduire les gaz à effet de serre. Ce serait absurde de créer un système où nous, en faisant des efforts supplémentaires, on se trouve à donner une permission à d'autres de continuer à produire des GES.»
Visiblement agacé par les critiques répétées du premier ministre, M. Prentice a répliqué en affirmant que la cible canadienne de réduction des émissions de gaz à effet de serre est aussi ambitieuse que celle du Québec.
«Franchement, notre cible est aussi ambitieuse en termes de réduction des émissions de carbone que ce que n'importe qui d'autre a mis de l'avant. La cible canadienne est la même que celle de la province», a-t-il déclaré mardi.
Désaccord sur la cible
L'objectif de réduction des émissions de GES du Canada est de 20 % en 2020 sous les niveaux de 2006, alors que celui du Québec est du même pourcentage, en fonction toutefois de l'année de référence du Protocole de Kyoto, soit 1990.
Le ministre fédéral estime qu'il s'agit du pareil au même, puisque selon le dernier relevé publié par Environnement Canada, le Québec émettait autant et même plus de carbone en 2007 qu'en 1990, en affichant un bilan de 85 mégatonnes.
«Alors, au Québec, que l'on réduise les émissions de 20 % par rapport aux émissions d'aujourd'hui ou de 20 % par rapport à 1990, on parle exactement de la même cible, du même degré d'ambition», a-t-il argué.
M. Charest soutient pour sa part que le Canada se retrouve de plus en plus isolé sur la question des GES, en défendant une cible équivalant à une réduction de 3 % sous les niveaux de 1990.
«Le gouvernement fédéral se trouve dans une position ou, même à l'intérieur du Canada, il est minoritaire dans sa perspective», a affirmé M. Charest, répétant que le Canada devait «aller plus loin» et «cesser de suivre la politique des Américains».












