Pour l'heure, seule Québec est à développer des quartiers entiers selon les préceptes du développement durable, un virage que le gouvernement Charest dit vouloir étendre dans la province. «Les municipalités ont un virage vert à prendre», a dit M. Lessard, mardi.
Ce dernier compte même inscrire cette volonté dans la nouvelle mouture de la Loi sur l'aménagement et l'urbanisme devant être présentée en début d'année. «On s'en va vers une loi révisée qui vise des éco-quartiers, des villes plus vertes, des villes plus engagées», a-t-il fait savoir.
Comme premier geste, son gouvernement a donc accepté de délier les cordons de sa bourse et d'offrir 22,7 millions $ pour la Cité verte, ce projet que mijote depuis sept ans le groupe financier SSQ. La subvention servira à couvrir 60 % des coûts pour l'aménagement du terrain, dont les six nouvelles rues. Le ministre Lessard a pris soin de préciser que l'argent n'irait pas à la construction des immeubles devant abriter 800 logements.
Hydro-Québec ajoute une contribution qui pourrait atteindre 5 millions $ pour améliorer l'efficacité énergétique de la quinzaine de bâtiments à construire. L'argent servira notamment à l'installation d'un système de chauffage utilisant des résidus forestiers. En comptant l'utilisation de luminaires performants et l'installation de capteurs solaires, la société d'État compare l'économie d'énergie escomptée à l'électricité consommée par 900 résidences, soit 15,5 GWh.
Le maire de Québec a profité de l'annonce pour saluer le «courage politique» du gouvernement provincial. «On a tenté de faire partager la facture avec d'autres, mais au bout du compte, le ministre Laurent Lessard a eu le courage politique de décider qu'il fallait que ça se fasse et il a mis de l'argent.» La Ville de Québec elle-même n'investit pas dans le projet, mais prévoit récolter 20 millions $ en taxes municipales au cours des 15 prochaines années. Deux autres éco-quartiers verront plus tard le jour dans la capitale, le premier à Pointe-aux-Lièvres, puis ultimement un autre à d'Estimauville.
À terme, la Cité verte couvrira un terrain de 93 000 m2, soit un peu plus de la moitié de l'espace occupé par l'anneau sur les plaines d'Abraham. On y trouvera autant des immeubles à condos que des maisons en rangée. De 35 à 44 logements sociaux seront inclus dans le projet, qui longera le chemin Sainte-Foy dans Saint-Sacrement.
Fortement inspirée d'éco-quartiers développés en Europe, la Cité verte alliera plusieurs nouvelles technologies pour réduire l'empreinte environnementale de ses résidants. Ainsi, plutôt que d'utiliser les bons vieux bacs bleus, le secteur sera équipé d'un système de collecte pneumatique pour les matières résiduelles. Il suffira de mettre les résidus dans les tuyaux appropriés pour qu'ils soient acheminés par effet de succion à un éco-centre. Fini donc les camions sillonnant les rues pour récolter les déchets et la récupération.
Une sorte d'étang situé le long du coteau Sainte-Geneviève servira de bassin de rétention pour l'eau de pluie. Ce système devrait ainsi permettre de réduire la consommation d'eau potable de moitié, le promoteur chiffrant l'économie à 52 piscines olympiques par année.
Les six nouvelles rues du secteur feront la part belle au transport collectif. Ainsi, seront disponibles pour tous des petites voitures et des vélos, à l'instar du Bixi à Montréal ou du Vélib à Paris.
L'architecture même des bâtiments est pensée pour économiser l'énergie, par exemple en maximisant l'exposition au
soleil pendant le jour. Des toits verts seront aménagés pour réduire les îlots de chaleur caractéristiques des grands espaces bétonnés.
Les baby-boomers visés
Les gens intéressés à acquérir l'un des 800 logements de la Cité verte devront être prêts à y mettre le prix. Évasif pour l'instant sur le coût d'achat, le président du bras immobilier de la SSQ, Jean Morency, reconnaît que les unités coûteront «au moins» 350 000 $. Le promoteur visera donc les baby-boomers lorsque seront mis en vente les premiers condos au printemps.
«Un projet comme celui-là va faire en sorte que des gens vont vendre leur résidence dans Saint-Sacrement pour s'installer dans une propriété comme ici. Ils vont laisser des places à des gens pour acheter des résidences peut-être plus âgées, à rénover. Les gens de la banlieue pourront ainsi avoir accès aux quartiers centraux et diminuer leurs transports», expose Jean Morency.
Reste que le promoteur rêve à voix haute de voir se produire le même phénomène qu'à l'éco-quartier d'Hammarby, en Suède. Développé pour les retraités, celui-ci a finalement attiré de jeunes familles.


























