Neuf des 13 aéroports provinciaux desservant les communautés inuites sont menacés par le dégel du pergélisol. Quatre des routes d'accès à ces installations sont aussi en danger.
Quand le ministère des Transports a déroulé les tarmacs et le réseau routier, il était admis que la couche terrestre supérieure était figée dans la glace pour l'éternité, expose le directeur du Bureau de coordination du Nord-du-Québec, Denis Blais, joint en Abitibi-Témiscamingue : «C'était acquis que ça ne dégèlerait jamais.»
Mais le sol s'est réchauffé de deux de grés depuis quelques années et le cycle s'accélère. Plus la neige et la glace fondent, plus l'eau s'écoule. Et lorsque l'eau s'écoule, elle contribue à la fonte de la neige et de la glace... «Le pergélisol n'est donc plus considéré comme une fondation stable», ajoute Anick Guimond, responsable des projets de recherche sur les changements climatiques au sein Bureau de coordination du Nord-du-Québec.
Vous aurez compris que nos interlocuteurs ne doutent pas du réchauffement de la terre et de ses effets sur les populations. «On le vit concrètement. On a commencé à surveiller ça bien avant que ça devienne à la mode», laissent-ils tomber.
Facture salée
Depuis 2004, le MTQ a injecté 3 millions $ pour envoyer une foreuse et des chercheurs de l'Université Laval, par avion, dans 13 villages du Nunavik. Avec les spécialistes du Ministère, ils tentent d'assurer la survie des infrastructures.
Et ce n'est pas simple. Des tests sont en cours. Peut-être faudra-t-il installer des tuyaux sous les sections les plus menacées des pistes d'atterrissage. L'air froid pourra y circuler et maintenir la glace dans le sol.
On essaie aussi de construire des remblais pour bloquer la neige et la retenir loin des pistes. Car la neige est un... isolant! Elle empêche le sol de geler en le protégeant du vent froid. Le MTQ se donne encore un an avant de trancher.
Mais la facture s'annonce salée. «C'est sûr qu'on fonctionne avec les coûts du Nord, détaille Denis Blais. On parle de coûts de construction au moins quatre fois plus chers qu'au Sud.»
Les experts du Ministère pourraient donc décider simplement d'ajouter plus souvent du gravier sur les pistes d'atterrissage et les routes. «Juste refaire la surface d'une piste, c'est 1,5 million $.»
Récemment, il a fallu allonger celle de l'aéroport de Puvirnituq de 1000 pieds (environ 300 mètres). Total : 12 millions $.
Au moins, pour l'instant, aucun déménagement d'aéroport n'est envisagé, se réjouissent Denis Blais et Anick Guimond. En Alaska, un village complet doit être déménagé parce qu'il est lentement avalé par le sol dégelé. Au Nord-du-Québec, les bâtiments du MTQ tiennent le coup. Les aérogares s'élèvent sur des pilotis. L'air qui circule sous les immeubles maintient donc le sol gelé.











