Professeurs à la faculté d'administration de l'UdeS, Fabien Durif et Caroline Boivin ont recensé tous les produits nettoyants (détergents tout usage, lessives, assouplisseurs et savons à vaisselle) vendus par 32 détaillants du Québec, pour un total de 1205 produits répartis en 133 marques. Bien qu'ils n'aient pas encore terminé l'analyse statistique fine de leurs données, les auteurs ont tout de même eu le temps de dresser un bref tour d'horizon des étiquettes vertes que l'on retrouve sur nos tablettes. Ils ont consigné leurs résultats préliminaires dans un article à paraître dont Le Soleil a obtenu copie - mais qui, notons-le, n'a pas encore été révisé par des pairs.
Résultat : pas étonnant que de nombreux consommateurs ne sachent plus trop quoi penser en voyant des logos en forme de feuille, de plante, de Terre, de poisson, de lapin ou autre. M. Durif et Mme Boivin ont en effet trouvé pas moins de 58 labels différents uniquement sur les produits nettoyants - sans compter de nombreuses allégations sans logo, comme «bon pour l'environnement», «naturel», etc!
Pire encore, seulement trois de ces labels (EcoLogo, Environmental Choice Program et Design for the Environment) ont été créés par des agences gouvernementales et font l'objet de vérifications. Les chercheurs ne les ont d'ailleurs retrouvés que sur 23 des 133 marques recensées.
Les 55 autres labels soi-disant verts font référence soit à des critères maison (!), soit à ceux d'un organisme officiel, mais sans vérification. Cela ne veut évidemment pas dire qu'ils sont tous (ni même en grande partie) frauduleux, mais cela n'est rien pour inspirer confiance...
Confusion et méfiance
«Il y a un manque de compréhension, une confusion et une méfiance à l'égard des écolabels, a déploré M. Durif lors d'un entretien téléphonique. [...] Il y a des pays qui limitent le nombre de labels officiels. Je ne suis pas spécialiste en droit, mais on a fait quelques recherches et il n'y a pas d'encadrement législatif ici. Une marque peut s'autodéclarer verte, peut mettre des slogans et des logos verts maison : il n'y a pas d'interdiction spécifique. Il y a une liberté totale là-dessus.
«L'encadrement législatif, cela permettrait de distinguer les compagnies qui ont une vraie culture verte de celles qui instrumentalisent l'argument vert pour augmenter leurs ventes. À l'heure actuelle, les entreprises qui sont vraiment performantes au niveau vert n'arrivent pas vraiment à se distinguer, à le faire savoir», plaide-t-il.












