À l'été 2004, la firme d'ingénierie Dessau-Soprin a étudié à la demande de la Ville et du MTQ la pollution sonore dans deux secteurs résidentiels, soit Place Bourgeois et Jouvence, respectivement en bordure des autoroutes Laurentienne (A-73) et Charest (A-40). Dans les rapports obtenus en vertu de la Loi sur l'accès à l'information, les relevés montrent à plusieurs endroits des moyennes de bruit supérieures à 65 décibels. C'est à cette limite que le MTQ considère que le trafic occasionne une «forte gêne».
En 2006, une autre étude de bruit menée le long de l'autoroute Laurentienne a noté un dépassement de ce seuil entre les boulevards de l'Atrium et Jean-Talon. Sur les 497 résidences longeant l'axe routier, un document de la Ville obtenu par Le Soleil en recense 46 où la pollution sonore dépasse les 65 dB. Les habitants de 161 autres domiciles vivraient une gêne allant de faible à moyenne (55 dB à 65 dB), tandis que la nuisance sonore est jugée «acceptable» pour les 290 autres (moins de 55 dB).
Aux trois quartiers cités précédemment, il faut également ajouter le secteur de la rue Beaupré à Sainte-Foy, où les résidants vivent aussi les contrecoups d'une circulation de plus en plus dense sur l'autoroute Henri IV. S'il a été impossible d'obtenir les relevés de bruit y ayant été enregistrés, la Ville indique dans son rapport que la pollution sonore justifierait l'aménagement d'un mur antibruit de 8 millions $.
À côté d'un lave-vaisselle
Ces résultats ont de quoi inquiéter, soutient Tony Leroux, audiologiste à l'Université de Montréal. Parce qu'en plus de miner la qualité de vie des résidants, la pollution sonore risque d'avoir un effet néfaste à long terme sur leur santé, si l'on en croit les résultats de certaines recherches scientifiques.
«C'est problématique. L'Organisation mondiale de la santé recommande une limite de 50 dB pour éviter la gêne, expose ce spécialiste de la nuisance sonore. Il y a des indications assez nettes que, quand on s'élève au-dessus des 60 dB, on a plus de chances de voir apparaître des maladies cardiovasculaires, plus d'infarctus et plus d'hypertension.»
L'audiologiste indique qu'une intensité sonore de 45 dB àl'extérieur d'une résidence suffit à perturber le sommeil des occupants. Et à long terme, le stress accumulé finit par jouer sur leur santé.
Difficile de croire que le bruit peut avoir autant d'impact? Parlez-en aux résidants de Place Bourgeois, où les relevés notent une moyenne de bruit de 72,5 dB.
«C'est comme si on vous plaçait à côté d'un vieux lave-vaisselle - pas les nouveaux modèles silencieux - qui fonctionne 24 heures sur 24. Tout le temps», expose Tony Leroux. Les ingénieurs mandatés par le MTQ ont même enregistré une pointe à 82,3 dB, soit à peu de choses près le bruit produit par l'aboiement d'un chien.
Excédés par le bruit incessant, des riverains de l'autoroute Laurentienne ont lancé en juin 2009 une poursuite de 30 millions $ afin de dénoncer l'inaction du MTQ et de la Ville. Après tout, le problème de bruit est connu de longue date.
L'ancienne Ville de Charlesbourg avait d'ailleurs mené en 1988 une étude de bruit le long de la A-73 soulignant le besoin d'apporter des mesures d'atténuation. La défunte municipalité avait abandonné les travaux de mur antibruit, évalués à l'époque à 2,2 millions $, les citoyens ayant refusé de payer 25 % de la facture. Vingt ans plus tard, le coût pour construire des écrans le long de l'autoroute Laurentienne est maintenant évalué à 9 millions $.
Échelle de bruit
> Décollage d'un avion : 130 dB
> Marteau piqueur : 120 dB
> Moto : 90 dB
> Aboiement : 85 dB
> Aspirateur : 75 dB
> Klaxon : 70 dB
> Vent dans les arbres : 10 dB













