L'érosion des berges vue du fond de la mer

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François Morneau, du ministère de la Sécurité publique, et Urs Neumeir, de l'Institut des sciences de la mer

Collaboration spéciale Carl Thériault

 

Carl Thériault, collaboration spéciale
Le Soleil

(Rimouski) Pour la première fois au Québec, l'érosion des berges sera examinée du fond des mers. Trois sondes de courant - appelées profileurs - surveilleront ce phénomène pendant quatre ans à 30 mètres de profondeur au large de Sept-Îles, de Cap-d'Espoir-L'Anse-à-Beaufils, en Gaspésie, ainsi que de Baie-des-Sables, près de Matane.

«C'est la première fois que nous plaçons ce genre d'instruments dans des endroits où ça brasse, dans des lieux représentatifs le long de nos 4000 kilomètres de côtes», explique François Morneau, coordonnateur de l'expertise scientifique au ministère de la Sécurité publique. Les chercheurs pourront ainsi connaître le régime des vagues, les courants, les niveaux d'eau, les mouvements de glace de mer et de rivage.

«On est toujours parti d'un problème terrestre, mais là on part du fond de l'eau pour remonter le temps avec les archives sédimentaires. Par exemple, à Sept-Îles, nous avons perdu des centaines de milliers de mètres cubes de sable au cours des dernières années. C'est comme une rivière de sable qui s'en va dans le fond marin lors des tempêtes. Les plages se vident à cause de la vitesse des courants. En sachant où est la sortie de sable, on pourrait la bloquer pour ralentir la vitesse d'écoulement et faire des choix adaptés pour la sécurité publique. Des murs et de l'enrochement sont souvent des destructeurs de plage», précise M. Morneau.

C'est l'équipage du navire de recherche Coriolis II qui a procédé au mouillage de ces équipements de pointe. «Cette recherche de 1,1 million $ fera partie d'une étape d'analyse de risques avec le milieu municipal en ce qui con­cerne la menace de l'érosion et les solutions à apporter», a dit Martin Simard, directeur de la gestion des risques au ministère.

Aux Îles-de-la-Madeleine

Plus de la moitié des côtes du Québec sont touchées par l'érosion en raison de la hausse du niveau de la mer, de la fréquence des tempêtes, du régime des glaces, de la fréquence des cycles de gel et de dégel, des redoux hivernaux et de l'avènement de pluies plus abondantes, notamment en hiver. Au total, 4800 stations de mesures sont déjà dispersées sur les berges de l'estuaire et du golfe, mais aucune au fond des mers.

Un équipement semblable sera éventuellement installé aux Îles-de-la-Madeleine, à plus faible profondeur. L'archipel est devenu l'un des baromètres de l'érosion des berges et de son accélération au cours des dernières années. Si cette dégradation gruge habituellement près de 80 centimètres du littoral des Îles-de-la-Madeleine chaque année, la progression de l'érosion dans certains secteurs de l'archipel a doublé pour atteindre près de deux mètres au cours des six derniers mois. La diminution de 30 % de la largeur des plages depuis 10 ans dans plusieurs secteurs des îles et le relèvement du niveau d'eau des mers risquent même de provoquer une brèche d'ici 30 à 40 ans entre l'île de La Pointe-aux-Loups et la Grosse-Île.

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