Fruit de deux ans de pourparlers, l'«Entente boréale» implique neuf organisations environnementales et 21 compagnies forestières et papetières représentées par l'Association des produits forestiers du Canada, ce qui comprend la plupart des joueurs majeurs au Québec, tels Tembec, Cascades et AbitibiBowater. Le document prévoit 60 objectifs à réaliser au cours des trois prochaines années dans les territoires gérés par les entreprises signataires, soit 72 millions d'hectares au Canada. L'un des principaux engagements - et il n'est pas mince - est l'arrêt des coupes et de la construction de chemins sur 30 millions d'hectares, dont 8,5 millions (ou 85 000 km2) au Québec, jugés particulièrement importants pour la survie du caribou forestier, le temps qu'un plan de conservation de l'espèce soit établi. En outre, le suivi de ces objectifs sera fait par un vérificateur indépendant.
En retour, les groupes écologistes s'engagent non seulement à cesser les campagnes de boycottage qu'elles mènent contre les compagnies signataires, mais aussi à «reconnaître» leurs efforts sur la scène internationale. Parmi ces organismes se trouvent Greenpeace, ForestEthics et Canopée, qui font des activités de sensibilisation auprès de nombreux gros acheteurs de produits forestiers.
Il faut croire que leurs efforts ont porté leurs fruits, car l'industrie parlait mardi de «marchés plus sûrs» et de «journée mémorable».
«Cet accord marque le début d'une façon plus intelligente et plus pratique de gérer les enjeux reliés aux écosystèmes et à la protection du caribou. [...] Maintenant, les produits forestiers du Québec et du Canada seront les plus attrayants sur le marché international», a commenté Michel Lessard, de Tembec.
«Ça va nous permettre de renforcer notre position dans le marché et d'offrir des produits en avance sur les autres du point de vue des pratiques environnementales», a pour sa part indiqué Pierre Choquette, d'AbitibiBowater.
«Les groupes environnementaux que l'on appelle aussi groupes de marché [...] ont su créer une demande pour les produits écologiques en sensibilisant les grands acheteurs corporatifs à l'importance de conserver l'intégrité écologique de la forêt boréale [ce qui] a amené les fournisseurs à développer de nouveaux produits plus écologiques», s'est félicitée Josée Breton, porte-parole de Canopée pour le Québec.
La forêt boréale, a-t-elle rappelé, est le plus grand puits de carbone du monde. Elle contient 8 des 10 plus grandes étendues de forêt intactes (jamais coupées) du monde et abrite d'autres espèces vulnérables que le caribou forestier, comme le carcajou.
Et ceux qui n'ont pas signé?
Cependant, admet-on, il faut noter que si tous les territoires sur lesquels les signataires ont des droits sont compris dans l'entente, certaines parties de ceux-ci sont également accessibles par d'autres entreprises qui, elles, n'ont pas pris les mêmes engagements. D'où l'intérêt de laisser la porte ouverte à d'éventuels nouveaux adhérents, a indiqué la directrice de Greenpeace-Québec, Mélissa Fillion. «Il y a une ouverture pour inclure d'autres joueurs, que ce soit au niveau de l'industrie ou d'autres groupes écologistes», dit-elle.
Au Québec, le principal absent était la compagnie Domtar, qui n'est pas liée par l'entente parce qu'elle ne fait pas partie de l'Association des produits forestiers du Canada. Mais comme la papetière de Montréal est en train de vendre la majeure partie de ses activités forestières à la vancouvéroise Eacom Timber Corp, la question de son adhésion se pose moins.
Joint par Le Soleil, le porte-parole de Domtar Pascal Bossé a tenu à rappeler que l'entreprise se conformait à des certifications sévères, notamment celle du Forest Stewardship Council, et que Eacom s'était engagée à poursuivre en ce sens.
Il n'a pas été possible, mardi, de savoir si Eacom était ouverte à l'idée de se joindre à l'entente.












