Dominique Massie, directrice générale de l'Association pulmonaire du Québec, qui coordonne la campagne provinciale d'arrachage de l'herbe à poux, n'en revient pas de la vitesse avec laquelle progresse la mauvaise herbe, Ambrosia artemisiifolia de son nom scientifique. La dame a reçu cette année plusieurs appels provenant de municipalités situées à l'est de Montmagny, frontière théorique de l'herbe à poux représentée sur les cartes officielles. Des plants y ont été décelés en nombre suffisant pour que les gens s'inquiètent et reniflent.
«Les années passées, on ne parlait pas d'herbe à poux dans le Bas-Saint-Laurent, sauf pour des cas isolés. Cet été, elle est rendue aux portes de la Gaspésie», s'étonne Mme Massie.
À la fin des années 30, Elzéar Campagna, botaniste et professeur à l'école d'agriculture de Sainte-Anne-de-la-Pérade, rattachée à l'Université Laval à l'époque, avait fait appel aux écoliers pour arracher les plants d'ambrosia un à un, à la mitaine. Pour les motiver, il avait même lancé un concours qui récompensait en argent sonnant la destruction de colonies inconnues des inspecteurs.
Une étude réalisée en 1995 et citée par des agronomes-botanistes du MAPAQ suggère toutefois que «les conditions environnementales qu'on y trouve ne restreindraient pas la propagation de l'espèce et que cette dernière pourrait reconquérir le territoire perdu dans la péninsule gaspésienne». En Abitibi-Témiscamingue, autre région à peu près exempte d'herbe à poux, le climat frais offrirait une protection supplémentaire, poursuivent les auteurs avant d'ajouter que le réchauffement climatique pourrait modifier le cours des choses.
Le printemps anormalement précoce et l'été particulièrement chaud que connaît le Québec seraient d'ailleurs à blâmer pour la prolifération de l'Ambrosia cette année. Un nombre plus élevé de graines ont germé, précise Mme Massie. Le stade de maturité a également été atteint quelques semaines d'avance. Les plants sont donc en pleine floraison déjà. Sortez les mouchoirs...
Un Québécois sur cinq
Un seul plant d'herbe à poux est capable de produire plus de 3000 graines, qui peuvent voyager sur 200 kilomètres grâce au vent et vivre jusqu'à 40 ans dans le sol. Le pollen libéré dans l'air provoque des réactions allergiques chez 17,5 % de la population, soit près d'un Québécois sur cinq. Outre le classique rhume des foins, l'Ambrosia cause des conjonctivites ainsi que des sinusites et aggrave souvent les symptômes d'asthme. Il n'y a pas d'âge pour en souffrir, certaines personnes devenant subitement sensibles à un âge avancé.
Les dernières estimations fixent à 157 millions $ les coûts de santé associés à la mauvaise herbe. «Ça, c'était en 2005. Imaginez un peu aujourd'hui!» s'exclame la dg de l'Association pulmonaire du Québec, en faisant référence à la progression de l'espèce et à l'augmentation des coûts de santé.
Celle-ci ne voit qu'une façon pour l'humain de gagner sur la mauvaise herbe : lui livrer une guerre sans merci.
Une vingtaine de municipalités dans la province, dont Québec et Lévis, font leur part depuis quelques années. Les plants indésirables sont arrachés ou arrosés avec un herbicide écologique. Des campagnes de sensibilisation sont également menées auprès de la population. Mais cette participation est loin d'être suffisante, selon Dominique Massie. «Il faut faire plus et vite, car la plante est en train de gagner sur nous», prévient-elle.










