Dans un mémoire qui sera présenté vendredi lors des audiences sur les algues bleues de la Commission des transports et de l'environnement, Pierre Bertrand, de la firme d'ingénieurs Teknika-HBA, avance que bien des initiatives lancées dans ce dossier risquent de n'aboutir à rien, ou si peu.
Ainsi, écrit-il, plusieurs municipalités ont entrepris un inventaire des fosses septiques sur leur territoire, même si ce «n'est pas une action susceptible d'avoir un effet» sur la fréquence des éclosions. Ce n'est pas la fosse elle-même, explique M. Bertrand, mais essentiellement la terre entre la fosse et le lac, qui sert de «tampon à phosphate».
«Or, aucun contrôle n'est fait sur le site de construction concernant la composition géochimique des matériaux utilisés», déplore M. Bertrand. De sorte que si le sol est déjà saturé de phosphate, une fosse septique peut être refaite sans que cela n'aide le moins du monde.
«Dans l'industrie et dans le plan d'action [du MDDEP], il y a beaucoup de pression qui est mise sur les installations septiques, mais ça m'a surpris parce qu'il y a très peu de documentation qui dit que c'est un gros problème. [...] Personnellement, je ne pense pas que cela va avoir un impact sur les cyanobactéries», a-t-il ajouté en entrevue avec Le Soleil.
Et il y a beaucoup plus de terrains saturés en phosphate qu'on le pense. Dans une étude menée sur 65 terrains résidentiels dans le bassin versant du lac Brome, où Teknika-HBA dirige un projet de restauration, la firme a trouvé qu'environ la moitié étaient complètement ou presque saturés - résultat de la fertilisation des pelouses. Pour cette raison, M. Bertrand juge très exagérée la déclaration d'autres intervenants qui ont dit devant la commission, plus tôt cette semaine, que 95 % des blooms de cyanobactéries sont attribuables à l'agriculture.
Pour tout dire, continue le géographe, «même les bandes riveraines, j'y crois plus ou moins. L'eau ne passe pas de manière égale et diffuse dans la bande riveraine, elle passe dans un petit ruisseau et va directement dans le lac. On stresse beaucoup les gens avec ça, et je comprends que cela ait un impact positif d'un point de vue biologique, [mais] il n'y a pas d'arguments scientifiques sérieux» montrant qu'une bande riveraine réduit la quantité de phosphate se rendant au lac.
«Mon mémoire tourne beaucoup autour de ça : frappons sur les bonnes affaires. Parce que les bandes riveraines, imaginez-vous si on se rend compte que cela ne donne pas de résultats dans quelques années et qu'on arrive avec d'autre chose... Ça ne passera pas.»























