Photothèque La Presse
Louis-Guy Lemieux(Québec) Quatorze jeunes femmes assassinées de sang froid en plein jour dans les salles de cours d'une école de haut savoir de Montréal. Le tireur à l'arme folle se suicide après avoir blessé 10 autres femmes et quatre hommes. Toute la société québécoise en est traumatisée. C'est le bilan tragique de ce que l'Histoire locale a appelé « la tuerie de Polytechnique ».
Le tueur multiple s'appelle Marc Lépine. Il vit à Montréal. Il est âgé de 25 ans. Il est né d'une mère québécoise et d'un père d'origine algérienne. Le père aurait fait subir à son fils des sévices physiques durant son enfance.
Lépine aurait acheté dans un magasin local son arme, une carabine semi-automatique Ruger Mini-14 qui sert habituellement pour la chasse au petit gibier.
Le 6 décembre 1989, peu après 16 h, Marc Lépine arrive à l'École polytechnique de Montréal armé de son fusil et d'un couteau dont il se servira au cours du massacre gratuit. Il avait été vu rôdant dans les corridors de l'école au moins sept fois durant la semaine précédent l'événement sanglant.
Selon la reconstitution du drame par la police, le tueur entre tout d'abord dans une classe d'ingénierie mécanique composée d'une soixantaine d'étudiants, dont neuf femmes. Il terrorise tout le monde en tirant un coup de feu au plafond.
Il fait ensuite sortir de la classe tous les garçons et, aussitôt après, il ouvre le feu sur le groupe de filles. Il en tue six sur le coup et en blesse trois. Il tire d'autres coups de feu et fait d'autres victimes dans au moins une autre salle de classe, dans les corridors et à la cafétéria.
Après avoir poignardé à mort une dernière étudiante, il retourne son arme contre lui et se suicide en se tirant une belle dans la tête. Il restait six balles dans le chargeur de son arme. Le massacre aura duré en tout une vingtaine de minutes.
Marc Lépine avait écrit trois lettres toutes datées du jour de la tuerie. Une année après les faits tragiques, le journal La Presse obtient une copie d'une des lettres et il la publie dans ses pages. Le tireur écrit qu'il se considère comme un homme « rationnel » et qu'il tient les féministes responsables d'avoir ruiné sa vie. Il explique sa colère ainsi : les féministes « chercheraient à conserver les avantages des femmes... tout en s'accaparant de ceux des hommes... »
Le gouvernernement du Québec et la ville de Montréal déclarent trois jours de deuil national. Des funérailles communes pour neuf des quatorze femmes assassinées se déroulent à la basilique Notre-Dame de Montréal, le 11 décembre.
La tuerie de Polytechnique amenera le gouvernement canadien à durcir les lois sur le contrôle des armes à feu au Canada. Les tactiques d'intervention de la police lors d'événements comparables seront repensées, ce qui, dit-on, permettra plus tard de minimiser le nombre de victimes lors de la fusillade au collège Dawson.
L'anniversaire de la tuerie est devenu la journée nationale de commémoration et d'action contre la violence faite aux femmes.
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