En 10 ans comme procureur de la Couronne, puis en défense au cours des neuf dernières années, Me François Huot a plaidé des dizaines de causes de ce genre. Il peut donc très bien départager les difficultés éprouvées par les deux parties.
De part et d'autre, explique-t-il, il est très rare d'avoir des éléments corroborant les versions, mais, selon lui, la poursuite dispose, elle, de vastes moyens d'enquête. «Nous, de dire Me Huot, nous avons affaire à des gens qui ont mené une vie tout à fait normale, qui n'ont gardé aucune pièce justificative ni aucune note pouvant corroborer leur version. Ils n'ont que leur parole pour se défendre et c'est le gros problème.»
Qu'il ait fait ou non le geste qu'on lui reproche, souvent l'accusé s'est marié depuis et il a eu des enfants, ce qui alourdit la charge émotive. «Pour eux, c'est un univers complet qui s'écroule, observe Me Huot. Ils peuvent être devenus des citoyens respectables et, du jour au lendemain, ils se font reprocher des choses complètement sordides.»
Moins de marge de manoeuvre
L'autre difficulté relevée par le réputé criminaliste réside dans les règles de preuve : «Les juges sont portés à pardonner plus facilement les erreurs ou les imprécisions dans le souvenir de la plaignante. Il y a beaucoup moins de marge de manoeuvre pour l'accusé qui fait face aux mêmes défis colossaux de raconter avec le plus de détails possible un événement remontant à 10, 15, 20 ou 30 ans.»
Que reste-t-il à l'avocat de la défense? demande le criminaliste avant de répondre lui-même : «Attaquer la preuve de la Couronne.» Ce qui ne se révèle guère facile en matière d'agression sexuelle.
Il faut un certain doigté à l'avocat de la défense, car il s'agit de causes extrêmement émotives. Il doit bien évaluer jusqu'où il peut aller et confronter.
«Les plaignantes patinent avec nous sur une glace très, très mince, illustre Me Huot. Et si la glace craque, elle le fera davantage sous le poids de l'avocat de la défense.»
À titre de dernière difficulté particulière et parfois sous-estimée, sur le plan humain, le criminaliste mentionne la médiatisation que, selon lui, les gens accusés d'agression sexuelle vivent de façon encore plus pénible. «Souvent, nous nous transformons en support moral, explique Me Huot. Nous nous retrouvons à porter à bout de bras une personne qui estime ne pas avoir la force de se rendre au bout du processus.»
L'avocat a d'ailleurs déjà vu l'un de ses clients mettre fin à ses jours. «C'est une expérience que je ne désire pas revivre...» conclut-il en baissant la voix.











