Sa soeur, Alessandra Castagnetta, parle français. Depuis deux jours, elle a lu tout ce qu'elle a pu trouver sur Internet à propos du rapport du coroner Jean Brochu, dont elle recevra bientôt une copie traduite en italien. Pour elle, ce qui a été le plus dur, c'est de savoir que le coroner avait soutenu que la mort de son frère aurait pu être évitée si les policiers et les agents des services correctionnels avaient perçu les nombreux signaux de détresse mentale qu'il leur a lancés entre son arrestation et son départ pour l'hôpital, une vingtaine d'heures plus tard.
«Je me sens comme une soeur de quelqu'un qui pourrait être avec nous, maintenant, dit-elle au téléphone. Mais il est mort. Pourtant, il n'a rien fait de mal. Ce n'était pas un terroriste, un criminel, un mafieux. Il était étudiant.»
Même si le coroner ne l'a pas formulé en ces termes, Alessandra Castagnetta estime que ses conclusions démontrent qu'il y a eu une «grosse négligence des policiers et des gardiens de prison».
En septembre, Mme Castagnetta avait été très déçue que le directeur des poursuites criminelles et pénales décide de ne pas porter d'accusations criminelles. En lisant le rapport du coroner, elle a eu l'impression que la responsabilité des policiers et des agents des services correctionnels impliqués était enfin reconnue. Elle se désole toutefois que le coroner ne puisse pas identifier des coupables.
Alessandra Castagnetta a à peine informé sa mère des conclusions du rapport du coroner. Celle-ci a le cancer et elle avait fait une rechute après la mort de Claudio Castagnetta, le 20 septembre 2007. «C'est mieux qu'elle ne sache pas.» Le père de Claudio, Corrado Castagnetta, qui avait promis à Alessandra «de s'occuper de cette affaire jusqu'à la fin de ses jours», a voulu en savoir davantage. Sa réaction? «Il a été très en colère», résume sa fille.
Cette dernière a par ailleurs bien remarqué que le coroner n'avait pas lié l'utilisation du pistolet Taser à la mort de son frère, reprenant la conclusion de la pathologiste qui avait fait l'autopsie. Mais elle croit que les connaissances médicales en la matière sont encore trop minces pour savoir si le Taser a pu contribuer au décès de Claudio Castagnetta. «Encore cette semaine, on sait qu'au Canada, il y a quelqu'un qui est mort à cause du Taser», souligne-t-elle, faisant référence à cet homme de 32 ans qui a perdu la vie à Calgary après avoir été maîtrisé par les policiers à l'aide du pistolet électrique.
De la Sicile, les Castagnetta doivent s'entretenir dans les prochains jours au téléphone avec leur avocat de Québec, Me François Huot. Une fois la lecture du rapport du coroner en italien terminée, les membres de la famille détermineront avec lui s'il y a matière à entreprendre une poursuite civile.













