«L'idée aujourd'hui n'est pas de glorifier Mesrine, mais de souligner son passage à Montmagny en prévision des deux films qui sortiront sur sa vie en 2009. Ce fut l'un des plus grands procès jamais vus, non seulement à Montmagny et au Québec, mais au Canada, car toutes les preuves pouvaient conclure à son accusation. «Mais au fur et à mesure du procès qui a duré trois semaines, et surtout après le témoignage très solide de Mesrine, ils furent tous les deux (le couple Mesrine-Schneider) acquittés», racontait hier le juge Mercier, à l'occasion d'une visite exclusive aux médias de la cellule du palais de justice qui a abrité le criminel lors de son incarcération à Montmagny.
Dans ce célèbre procès, le couple était accusé du meurtre d'Évelyne Le Bouthilier, propriétaire du Motel des trois soeurs à Percé, endroit où ils avaient déjà séjourné. «Ce n'était pas facile de trouver 12 personnes impartiales pour faire partie d'un jury à Percé. Le procureur général a obtenu un changement de venue et c'est ainsi que le procès fut tenu à Montmagny», explique-t-il.
C'est Me Raymond Daoust, l'un des avocats criminalistes les plus en vue au Canada, qui défendait le couple accusé. «Me Daoust avait l'habitude de s'adjoindre un avocat de la place pour l'aider dans la composition du jury. Je suis devenu ensuite son bras droit durant tout le procès. Il était le meilleur avocat criminaliste du pays. C'est le père de Mesrine, un dessinateur de mode en France, qui l'avait embauché. Me Daoust était une personne très calme et jamais il n'élevait la voix», dit-il en le qualifiant de plaideur exceptionnel.
«Du côté de la Couronne, il y avait également deux avocats chevronnés», rappelle-t-il en faisant allusion à Bertrand Laforest et Maurice Lagacé. Le juge Paul Miquelon présidait ce procès qui fut très médiatisé.
Un gars super-intelligent
Yvon Mercier se souvient encore très bien de cette nuit blanche passée avec Jacques Mesrine. «On ne savait pas au départ si on devait faire témoigner Mesrine. Me Daoust m'a alors demandé si je pouvais aider Mesrine à préparer son contre-interrogatoire. Je me suis rapidement rendu compte que c'était un gars super-intelligent qui avait le pouvoir de subjuguer les gens.» Il en veut pour preuve le moment où l'accusé avait confondu les procureurs en ayant bien en mémoire le nom de toutes les petites municipalités qu'il avait croisées lors de sa route entre Montréal et Percé.
Lors de l'acquittement du couple, le juge Mercier se souvient que le juge Miquelon fut en parfait désaccord avec le jury. «Avant de sortir de la cour, il avait lancé à l'endroit des jurés : "Si vous passez par Percé, allez faire une visite sur la tombe de Mlle Le Bouthilier".»
Yvon Mercier ne sait pas aujourd'hui si Mesrine était coupable ou non de ce meurtre. «Aujourd'hui, avec ce que je sais le concernant, je ne passerais certainement pas une nuit blanche avec lui dans les mêmes conditions de sécurité. Il est, bien entendu, un criminel notoire... Mais même lui n'a jamais avoué ce crime. Il était très narcissique et orgueilleux», dit-il en ajoutant que Mesrine avait un très grand pouvoir de séduction auprès de la gent féminine.
Membre du jury
Présent à la rencontre du juge Mercier, Hermel Bélanger, de Cap-Saint-Ignace, a également été un témoin privilégié de ce procès puisqu'il fut l'un des 12 membres du jury. «Ce fut une expérience inoubliable... Raymond Daoust était tout un avocat...», raconte M. Bélanger, en précisant que les délibérations du jury avaient duré à peine deux jours.
«Lors de la dernière nuit au Manoir des Érables, il y avait un garde devant la chambre de chacun des membres du jury. Si c'était à refaire, avec les mêmes témoignages entendus lors du procès, je les déclarerais encore aujourd'hui non coupables», déclare M. Bélanger qui était âgé de 31 ans à l'époque.
Alors affecté à la couverture de cet événement pour le journal hebdomadaire de Montmagny, le collègue Gilles Ouellet, aujourd'hui directeur des pages économiques du Soleil et responsable des collaborateurs régionaux, conserve également un souvenir mémorable de ce procès.
«Tôt le matin, les gens s'entassaient à l'entrée du palais de justice afin de s'assurer d'avoir une place. Les gens arrivaient même avec leur boîte à lunch pour ne pas avoir à quitter et être ainsi assurés de suivre toutes les délibérations. Certains trouvaient ce couple maudit du bien beau monde, toujours élégant, parlant bien, disant ne pas croire possible que ces gens aient pu commettre un meurtre... Mesrine avait le regard vif, les yeux perçants, la poignée de main ferme et le sourire dévastateur», se souvient-il.
Chose certaine, Jacques Mesrine ne faisait pas dans la dentelle. Yvon Mercier se souvient qu'à la suite de son acquittement, Raymond Daoust avait demandé au policier de retirer les menottes de Mesrine, le temps de prendre ensemble un café.
«Les menottes n'étaient pas encore enlevées à ses poignets qu'il avait déjà flanqué un coup de poing en plein visage au policier... Ça n'a pas pris de temps avant qu'on lui remette les menottes...»











