De manière unanime, les juges se sont rendus aux arguments de l'avocat de la défense, Me Jean Desjardins, qui soutenait que, dans son verdict, le juge Martin Gagnon du Tribunal de la jeunesse avait erré en droit.
«Les juges ont accepté les deux arguments de défense présentés. D'abord celui de consentement, c'est-à-dire que comme Jean-Benoit Beaulieu a d'abord poussé mon client, il a commis un geste qui a pu lui faire croire qu'il consentait à être la cible d'une certaine violence», explique l'avocat.
Les juges se sont aussi prononcés en faveur de l'argument de légitime défense. «Après que mon client eut été poussé, il est plausible qu'il ait pu penser que Jean-Benoit pourrait continuer de s'en prendre à lui. Il s'est donc défendu en le frappant, d'une manière qui n'était pas excessive. Il ne voulait ni le blesser, encore moins le tuer», poursuit Me Desjardins, qui a parlé à son jeune client maintenant âgé de 16 ans aussitôt la décision rendue.
Pensée pour la famille
«Il se sent soulagé. Il a tout de suite eu une pensée pour la famille de Jean-Benoit Beaulieu. Quelle que soit la décision rendue, cela ne leur aurait pas redonné leur fils. D'ailleurs, les juges ont mentionné que cette affaire était un drame, mais que le travail à effectuer en était un de droit. Nous avons tous beaucoup de compassion pour la famille de la victime.»
L'adolescent avait reçu une peine de placement sous surveillance serrée de six mois, assortie d'une probation de deux ans et de 180 heures de travaux communautaires. Si celle-ci semblait peu sévère, Me Desjardins soutient que l'appel n'a pas été fait par principe.
«Pour un jeune, moralement, c'est très difficile de savoir qu'à cause de toi, quelqu'un est mort. Maintenant, il sait qu'il n'est pas criminellement responsable.»
La mort de Jean-Benoit Beaulieu avait semé la consternation partout au Québec. Plus de 1000 personnes, dont plusieurs étudiants de l'école secondaire de Trois-Pistoles, avaient assisté aux funérailles.
«Mon fils est mort pour rien»
Lise Théberge est défaite. La mère de Jean-Benoit Beaulieu ne s'attendait pas à ce que celui qui a frappé son fils soit acquitté. Le jugement rendu hier rouvre à vif une plaie qui n'arrivait déjà pas à guérir.
«Lorsque j'ai su, j'ai ressenti une grande déception. Avec ce jugement, c'est comme si mon fils était mort tout seul. Il n'avait pas de problème de santé. Il ne s'est tout de même pas suicidé en se donnant un coup sur la tête lui-même. La loi a fait son travail, mais pas la justice. Moi et mon conjoint trouvons la décision épouvantable. Le message que l'on reçoit, c'est que notre fils est mort, mais que ce n'est pas grave. Il est mort pour rien», dit-elle, ajoutant qu'elle et son conjoint n'ont jamais voulu de mal à l'adolescent en cause.
«Nous voulions qu'avec le verdict de culpabilité, il puisse se reprendre en main. Mais là, il a été acquitté, complètement blanchi. Ça ne marche pas. Il n'a pas le droit de ne pas en prendre la responsabilité. Ce jugement me dit que c'est moins grave de tuer un enfant qu'un chevreuil en dehors de la période de chasse», explique-t-elle la voix nouée.
Assumer ses responsabilités
«Il semble qu'il a eu une bonne pensée pour nous. Tant mieux, mais il sait très bien que Jean-Benoit n'est pas décédé tout seul. Il avait la colonne vertébrale cassée et une rupture de l'artère cérébrale. Ça ne se fait pas tout seul. Nous ne voulons pas nous acharner sur lui. Nous n'avons jamais voulu lui faire de trouble. Nous considérons important qu'il assume ses responsabilités. C'est tout.»
La mort de son fils, qui aurait eu 16 ans le 11 janvier, a-t-elle changé quelque chose au sein de l'école où le drame s'est produit? «Je peux vous dire que l'ambiance a changé. Les jeunes qui connaissaient Jean-Benoit ne l'ont pas oublié et prônent maintenant la non-violence entre eux. Quant au reste, c'est toute une culture à changer, dans toutes les écoles, partout.»
Mme Théberge ne sait pas si son conjoint et elle décideront de porter la cause devant la Cour suprême. «Il va falloir étudier le jugement. Continuer les procédures ne serait peut-être que retourner le fer dans la plaie. C'est déjà très difficile d'accueillir une décision comme celle-là.










