C'est ce qu'a affirmé Jean Simard, directeur adjoint du pénitencier de Donnacona, en novembre. Le président du Syndicat des agents correctionnels du Canada, Pierre Dumont, a entendu ces montants, mais ne peut les confirmer. Chose certaine, dit-il, «on sait que ça peut être dispendieux».
Jean-Yves Roy, du Service correctionnel du Canada, souligne pour sa part qu'il y a des saisies toutes les semaines. Au Québec seulement, il y a 12 pénitenciers, rappelle-t-il, et 72 % des détenus étaient fumeurs avant l'interdiction. Les détenus profitent des permissions de sortir ou des visites familiales privées pour tenter d'en introduire en fraude.
Les autorités trouvent également régulièrement des «petits paquets» autour des murs ou lancés dans la cour. Mais comme il s'agit de tabac légal, ceux qui les lancent, lorsqu'ils sont pris, n'encourent aucunes représailles.
Programmes d'aide populaires
Malgré cela, les programmes d'aide à l'arrêt du tabagisme ont été populaires, puisque 92 % des fumeurs s'en sont prévalus. Le gouvernement d'Ottawa a investi près de 2,3 millions $ en nicotine médicinale et en Zyban dans les six premiers mois de 2008. Mais comme bien des délinquants ont trouvé le moyen d'utiliser ces produits de façon complètement anarchique (des tisanes de timbres, par exemple), seule la gomme est maintenant accessible, et les utilisateurs doivent la payer, car les programmes de cessation sont terminés.
Bien des employés ont aussi profité de l'occasion pour mettre un terme à leur habitude.
Les prisons n'arrivent pas à écraser
Alors que les pénitenciers fédéraux ont réussi à éradiquer presque complètement la cigarette de leurs établissements, les prisons échouent lamentablement dans leur tentative d'obliger les détenus à écraser, malgré leur ligne officielle en ce sens.
Lors d'un témoignage livré en novembre à l'occasion des Journées annuelles de santé publique et repris dans la revue Info-Tabac du mois de mars, le directeur adjoint du pénitencier de Donnacona, Jean Simard, soutenait que le Service correctionnel du Canada (SCC) avait réussi son pari de sortir la cigarette des murs en mai dernier. La clé du succès a été d'interdire complètement l'usage du tabac, à l'intérieur comme à l'extérieur.
Dans les deux années précédentes, le SCC avait en effet tenté de l'interdire uniquement à l'intérieur, et de le permettre à l'extérieur, dans la cour. À l'usage, cette pratique s'est avérée ingérable, racontait M. Simard, à qui Le Soleil n'a pu parler.
L'obligation d'entreposer les articles de fumeurs (cigarettes, pipes, tabac, briquets, etc.) chaque fois que les détenus rentraient était pour eux l'occasion de subtiliser ou de camoufler le matériel interdit, confirme le président régional (Québec) du Syndicat des agents correctionnels du Canada. L'interdiction totale est plus facile à appliquer, dit Pierre Dumont.
Et mis à part quelques arrêts de travail au début de l'interdiction dans deux pénitenciers, Cowansville et Drummond, il n'y a pas eu d'incidents, dit-il.
Permis à l'extérieur
La situation est moins facile dans les prisons, où justement il est toujours permis de fumer à l'extérieur. La politique sur le tabac est en vigueur depuis février 2008, et il est interdit de fumer à l'intérieur, dit le porte-parole du ministère de la Sécurité publique, Mario Vaillancourt.
Il semble toutefois qu'entre le règlement et la réalité, il y a une marge importante.
Selon le président du Syndicat des agents de la paix en service correctionnel du Québec, Stéphane Lemaire, le règlement est très peu appliqué. «Ils [les détenus] ne nous fument pas dans la face, convient-il, mais tout le monde fume. On leur donne leurs cigarettes, on les enlève, on les redonne», si bien que les prisonniers ont maintes occasions pour en cacher, dit le président.
«On en a déjà assez avec la drogue, on ne se battra pas avec eux pour le tabac», ajoute M. Lemaire. Le syndicat réclame l'interdiction totale de fumer, comme l'a fait le fédéral, pour pouvoir faire appliquer le règlement.











