En fait, a-t-il répondu plus tard, il a tué la mère de famille de 37 ans pour récupérer ses menottes. «C'étaient les miennes, elles faisaient partie de mon équipement», s'est justifié l'accusé.
À sa quatrième journée à la barre, l'individu de 29 ans accusé du meurtre prémédité de la femme de Rivière-Ouelle a dû donner plusieurs explications sur les circonstances entourant le crime. Talonné de nouveau par la procureure de la Couronne, Proulx a tenté tant bien que mal de justifier plusieurs de ses gestes.
Pendant son va-et-vient d'une dizaine de minutes entre l'extérieur et l'endroit où il avait menotté Nancy Michaud, l'individu assure qu'il se demandait comment s'y prendre pour récupérer ses menottes. «Faut que je la détache, pis que je m'en aille», se disait-il.
Au lieu de cela, on le sait, c'est en revenant dans le sous-sol de la maison familiale qu'il a tiré une balle à la tête de la victime. «Ça s'est fait tout seul», a de nouveau répété l'accusé, soutenant n'être pas encore en mesure d'expliquer son geste, mais reconnaissant avoir été conscient qu'il n'était pas correct. Plus tard, Proulx allait donner une autre explication aux policiers parce que, selon lui, il était incapable d'expliquer ce qui s'était passé ni comment c'était arrivé.
En somme, lui a fait remarquer la procureure, il a tué pour des menottes alors qu'il était déjà venu deux fois à Québec pour s'en procurer et que, le lendemain, il les a jetées au fleuve. «Évidemment, il fallait faire disparaître les preuves...» a poursuivi Me Landreville comme elle allait le répéter plusieurs fois au cours de son contre-interrogatoire.
La «crise» avait «pogné» Proulx «entre le lit et le garde-robe» de son appartement, a-t-il sérieusement précisé. «Comme une envie de pisser», a-t-il comparé, ajoutant que la «crise» allait durer jusqu'à ce qu'il ait violé le cadavre de Nancy Michaud. Non seulement n'avait-il pas projeté de commettre un meurtre, mais, a-t-il aussi affirmé, il ignorait qu'il volerait lorsqu'il est entré dans la maison de sa victime.
Parce qu'il s'attendait à ce qu'il y ait quelqu'un dans la maison, il a enlevé ses bottes après être entré. Peu après, le cagoulard a tiré deux coups de feu dans le matelas et un dans le mur en réaction au refus de la femme de se laisser menotter. «Ça m'est pas passé à l'esprit que c'était pas correct de faire ça», a soutenu l'accusé.
«Si je te donne ce que tu veux, tu feras pas mal à mes enfants!» a supplié la victime. L'acquiescement de Proulx a incité Nancy Michaud à se laisser menotter.
Après être allé retirer 1000 $ à la caisse populaire en prenant bien soin de mettre ses lunettes de soleil pour déjouer l'oeil inquisiteur de la caméra de surveillance, Proulx s'est rendu chez lui pour changer de vêtements, car sa «crise» perdurant, il venait d'avoir une étrange pulsion. «Pour avoir une relation sexuelle, il faut que j'me déshabille», a-t-il répondu sans ciller à la procureure.
L'acte abject auquel il s'est plus tard livré sur le cadavre, dans la maison abandonnée, n'ébranle pas l'individu plus que le reste. Il semble qu'à ce moment, il se déculpabilisait en se disant que, la victime étant morte, il ne lui ferait pas de mal. Pour lui, il ne commettait pas un viol, car il estimait qu'une «relation sexuelle avec une morte, c'est pas illégal».
Pourtant, lui a fait remarquer Me Landreville, il n'a jamais parlé de viol aux enquêteurs qui l'ont interrogé par la suite ni même à l'agent d'infiltration placé dans sa cellule. La même réponse est encore venue : «J'étais pas capable d'expliquer comment c'était arrivé ni pourquoi.»
L'accusé dit n'avoir parlé ouvertement de son acte de nécrophilie qu'aux psychiatres. «Eux autres, ils sont là pour m'aider», a-t-il expliqué.
Double dose d'Effexor
Pour s'assurer de bien maîtriser sa nervosité naturelle lors du test de polygraphie qu'il était confiant de déjouer, Francis Proulx a pris deux doses d'Effexor, son antidépresseur qui, avait-il noté, changeait ses attitudes, ses manies et ses comportements.
Le volet Effexor est encore revenu sur le tapis au cours du contre-interrogatoire de Proulx. En mettant un terme à celui-ci, la procureure de la Couronne, Me Annie Landreville, a fait admettre à l'accusé que, de lui-même ou après avoir consulté son médecin, il avait cessé de prendre trois sortes d'antidépresseurs parce que leurs effets secondaires lui étaient très désagréables. Quant à l'Effexor, il le prenait sans problème depuis deux ans.
Beaucoup de précautions
Insistante comme la veille, Me Landreville a aussi fait admettre à Proulx qu'il avait pris certaines précautions avant de progresser dans la perpétration du crime et qu'il s'était assuré de faire disparaître plusieurs indices après le meurtre, et ce, dans un unique but, ne pas se faire prendre. Ainsi, il a soigneusement fait disparaître de sa voiture le sang répandu par le cadavre de la victime.
Il a même coupé deux sections du tapis parce qu'il n'obtenait pas satisfaction. Il a caché l'arme du crime chez sa tante et il a jeté son «uniforme de James Bond» dans le fleuve.
Dans la maison abandonnée, Proulx a aussi pris soin de cacher des indices, jetant des couvertures et des coussins sur le cadavre de la victime, plaçant son sac à main sous une boîte et dissimulant à l'aide de coussins la grande tache de sang sur le lit où il avait déposé Nancy Michaud. Selon l'accusé, toutefois, les coussins sur le corps faisaient partie de la «momie», terme qu'il a utilisé pour désigner le cadavre.
«C'était un kit de momie», a-t-il mentionné. «La momie était là, pis je l'ai tirée en bas», a-t-il indiqué en faisant un geste brusque avec ses bras pour décrire comment il était parvenu à faire descendre le corps au sous-sol.













