Même si, a ajouté par la suite le réputé psychiatre de l'Institut Philippe-Pinel, son impair ne change rien aux conclusions de son expertise, son mensonge pourrait éventuellement être considéré comme un parjure. L'affaire pourrait aussi avoir des répercussions sur le plan professionnel, car le Dr Morissette rédige fréquemment des rapports sur lesquels s'appuient les tribunaux pour déterminer si un accusé doit être déclaré délinquant dangereux ou à contrôler.
L'affaire a débuté lorsque le procureur de la Couronne, Me James Rondeau, faisait avec le psychiatre l'inventaire des documents qu'il a eus en sa possession et qu'il a consultés avant de rendre témoignage. Ainsi, le Dr Morissette a indiqué avoir écouté au cours de la fin de semaine l'enregistrement de l'interrogatoire de l'accusé par son avocat. Il a ajouté avoir écouté dans sa voiture le contre-interrogatoire de Proulx par l'autre procureure de la Couronne, Me Annie Landreville, durant le trajet entre Montréal et Québec, lundi matin.
Or, Me Rondeau a fait remarquer au Dr Morissette que l'enregistrement du contre-interrogatoire n'avait été disponible qu'au cours de la matinée de lundi. Le témoin expert a d'abord répondu qu'il avait fait erreur et qu'il avait plutôt écouté un enregistrement lié à une autre cause pour laquelle ses services ont été retenus comme expert.
«Je me suis mêlé, a-t-il dit. Je me suis trompé.» Acculé au pied du mur, le Dr Morissette a ensuite dû admettre qu'il avait menti au tribunal et aux jurés.
Parmi les quelques révélations se dégageant du contre-interrogatoire du psychiatre, il a confirmé que Proulx a été agressé sexuellement par un homme vers l'âge de 16 ou 17 ans. Ceci, de noter le témoin expert, ne change rien à ce que l'individu était au moment où il a tué Nancy Michaud, l'attachée politique du ministre Claude Béchard, en mai 2008, à Rivière-Ouelle. Pourtant, d'assurer le Dr Morissette, l'accusé n'avait jamais été homicidaire.
Comme si le mensonge du psychiatre n'était pas suffisant, le procureur de la Couronne s'est employé à souligner les erreurs, surtout de dates, apparaissant à son rapport et à relever tous les mensonges de Proulx sur lesquels le Dr Morissette s'est appuyé pour en faire la rédaction. De plus, le témoin expert a dû reconnaître que ses conclusions quant à l'influence de l'Effexor, même conjugué à la maladie de Gilles de la Tourette et à l'historique de maladie mentale dans la famille de Proulx, ne s'appuyaient sur aucune documentation ni aucune recherche.
Par ses questions, Me Rondeau a aussi voulu mettre en doute la prétention selon laquelle l'accusé se trouvait privé de tout jugement à l'époque de l'homicide. Ainsi, Proulx a menti plusieurs fois aux policiers pour éviter de se faire coincer et pour épargner des ennuis à son voisin qui lui avait vendu l'arme du crime. À un moment, il a déclaré qu'il ne connaissait pas Nancy Michaud et, à d'autres, il a indiqué l'aimer beaucoup ou il lui a reproché de toujours prendre le parti du gouvernement.
D'autre part, le Dr Morissette s'est dit d'avis que Proulx était conscient d'avoir laissé «plein d'indices» permettant de remonter jusqu'à lui. Au moment de leur entretien, le psychiatre estime que l'accusé «savait que c'était de la broche à foin, son affaire». Or, a fait observer Me Rondeau, on sait maintenant que l'individu avait pris tous les moyens pour s'assurer de ne laisser aucun indice dans la maison de la victime.
Aujourd'hui, l'avocat de l'accusé, Me Jean Desjardins, doit appeler à la barre un autre témoin expert. Il s'agit de Claude Rouillard, un neuropsychopharmacologue.






















