Dénonciation d'un père violent: «Je me disais que c'était impossible... je n'y croyais pas, tout simplement»

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Matthieu Boivin
Le Soleil

(Québec) «Si je parle aujourd'hui, c'est pour inciter des femmes à dénoncer leur conjoint si elles pensent qu'il frappe son ou ses enfants.»

Julie (nom fictif) est la mère du petit Éric (nom fictif), qui aurait subi de nombreux gestes de violence physique de la part de son père, entre les mois d'août 2008 et d'avril 2009.

Fort heureusement, les tests effectués sur le petit homme ont démontré qu'il ne traînerait pas de séquelles physiques de ces mauvais traitements prétendus du père. «C'est un poids de moins pour moi, c'est certain», affirme Julie, avec un ton de soulagement dans la voix.

Des marques partout

Julie se rendait compte que son fils de moins d'un an présentait parfois des marques sur le corps. L'apparition de ces blessures a commencé à la frapper après leur déménagement dans leur nouvel appartement de Courville, en octobre 2008.

«Il [le père] me disait souvent pour expliquer les marques que l'enfant était tombé au sol en tentant de se tenir debout le long du mur ou d'un meuble, indique-t-elle. Ou qu'il glissait dans le bain et qu'il se cognait, ce qui créait les marques.»

L'inquiétude s'installait de plus en plus, au fil des mois. «J'appelais plus souvent de mon travail pour savoir comment mon gars allait, pendant que le père gardait mon fils. [...] Je le voyais à l'appartement, il trouvait ça de plus en plus difficile de s'occuper de notre garçon.»

Malgré cette poussée d'inquiétude, la mère ne pouvait pas croire ultimement que son conjoint de 27 ans maltraitait leur enfant, un être sans défense.

«Ma mère n'a jamais lâché prise et elle tentait de me faire voir la vérité, rappelle-t-elle. Mais de mon côté, je me disais que c'était impossible. Je n'y croyais pas, tout simplement.»

La soeur de la mère - une policière - corrobore l'évaluation de Julie. «Elle était prise entre ma mère d'un côté et le père de l'enfant de l'autre. D'un côté, ma mère qui essayait de lui faire entendre raison, et de l'autre, il y avait le père avec ses mensonges. C'est pour cela qu'elle n'a jamais fait de gestes pour le dénoncer. Elle ne savait pas qui croire.»

Maintenant que l'accusation a été déposée contre son ex-conjoint, Julie estime avoir été manipulée par cet homme au lourd passé criminel qu'elle a fréquenté durant un peu moins de deux ans.

«Il m'avait dit qu'il avait un dossier criminel, mais il l'avait mis moins pire que c'était. Maintenant, je me rends compte que j'ai connu une personne fictive, mais que dans le fond, je n'ai jamais connu cet homme pour vrai.»

Elle remercie aussi sa soeur et sa mère d'avoir informé les autorités compétentes. «Je les remercie beaucoup, c'est certain.»

Manipulée, mais pas battue

Julie jure ne jamais avoir été battue par le suspect. «Oui, il m'a manipulée et il m'a dit plein de mensonges, de menteries. Il a eu recours à de la violence psychologique avec moi, notamment en me disant qu'il allait me quitter et partir avec notre enfant. Mais il ne m'a jamais touchée.»

Comme le tribunal a prononcé une ordonnance interdisant aux médias de publier le nom de la victime, on ne peut révéler non plus l'identité du père. Car se faisant, l'enfant serait automatiquement identifié.

«J'aurais aimé ça que les médias puissent nommer le père, avance-t-elle. J'aurais ainsi souhaité qu'on informe les futures conjointes de ce gars-là dans quoi elles s'embarquent avec lui. J'aurais voulu qu'on protège d'autres enfants.»

Depuis qu'elle sait que le père sera accusé au criminel, elle l'a sorti de sa vie et il n'habite plus avec elle. Julie souhaite bien sûr que le père n'ait plus jamais le droit de voir son fils lors de rencontres seul à seul.

La jeune mère de famille de 26 ans traverse présentement une évaluation parentale effectuée par le Direction de la protection de la jeunesse. Son enfant dort toujours chez la grand-mère maternelle et elle doit être accompagnée de celle-ci pour le voir. Le 6 juillet, elle doit revenir devant le Tribunal de la jeunesse afin de voir si elle peut reprendre son enfant chez elle. «J'ai aussi entièrement confiance aux gens de la DPJ dans les démarches qu'ils ont entreprises, avance-t-elle. Je n'ai rien à me reprocher et je n'ai rien à cacher.»

 

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