Les critiques qui ont fusé à la suite des propos du ministre Lawrence Cannon qui soutenait lundi que la clémence en matière de condamnation à mort est quelque chose qui «doit nécessairement se mériter» ne semblent guère émouvoir le principal intéressé. Du moins si l'on en croit sa porte-parole, Catherine Loubier. Mais que voulait dire le ministre Cannon en parlant de «clémence méritée»? «Eh bien il faut remettre ça dans le contexte du pays dans lequel le Canadien est accusé et des crimes qu'il a commis», expose Mme Loubier, qui tente de préciser sa pensée en expliquant que si un Canadien est condamné à mort dans un pays qui partage les valeurs canadiennes en matière de démocratie et de droits humains, il est possible que le Canada ne demande pas la clémence.
Doit-on alors en conclure que vous allez réclamer systématiquement la clémence si un Canadien risque d'être mis à mort dans un État autoritaire? «Je ne peux pas l'affirmer. Je ne peux que vous dire que notre politique est basée sur l'étude de chacun des cas. Ce n'est pas blanc ou noir.»
Mme Loubier précise que le gouvernement ne prendra pas les devants pour éviter la peine capitale à un de ses ressortissants. «Quand un Canadien est condamné à la peine de mort à l'étranger, c'est lui qui doit demander au gouvernement de demander la clémence en son nom.»
Il y a quelques semaines, l'ONU avait demandé au Canada de revenir sur sa décision de ne plus systématiquement réclamer la clémence pour ses citoyens condamnés à la peine capitale à l'étranger. En mars, le juge Robert Barnes de la Cour fédérale avait établi que la décision du gouvernement fédéral de mettre un terme à ses efforts pour éviter l'exécution du Canadien Ronald A.Smith, condamné au Montana, était injuste et illégale. Le gouvernement avait peu après annoncé qu'il se conformerait au jugement et demanderait à nouveau aux autorités du Montana que M. Smith ne soit pas mis à mort.
Et le dossier de Mohamed Kohail, condamné à la décapitation en Arabie Saoudite, et qui vient de voir un autre de ses appels rejeté? «On a réclamé la clémence dans son cas et on y travaille de manière acharnée», clame Mme Loubier.
Sentant le besoin de faire taire les inquiétudes, la porte-parole assure que le gouvernement conservateur, incluant M. Cannon, n'a pas l'intention de rouvrir le débat sur la peine de mort et qu'en dépit des récents propos de M. Cannon, le gouvernement en place «encourage l'abolition de la peine de mort à l'échelle internationale».
La porte-parole d'Amnistie internationale, Anne Sainte-Marie, estime que les récentes prises de position du ministre Cannon «bafouent les valeurs profondes du pays. On ne peut pas être parfois pour la peine de mort et parfois contre. Le ministre Cannon agit en ce moment selon des critères qui n'ont rien à voir avec le droit, mais qui semblent relever du jugement moral. Il se donne le droit de décider qui a le droit à la vie».
En juillet 1976, le Canada abolissait la peine de mort, en désuétude depuis 1962, pour les crimes de droit commun. Le Parlement fédéral stipulait à l'époque que la peine capitale n'était pas un châtiment «approprié», à cause des risques de condamnations erronées, des incertitudes quant à l'efficacité d'une telle peine, et des préoccupations découlant du fait que l'État peut enlever la vie à ses propres citoyens.










