La Une du Soleil du 31 juillet 1974 (document à télécharger; environ 5 Mo)
En 1974, la marche vers une indemnisation financière était longue et ardue pour les cadets qui ont été marqués à vie par l'explosion d'une grenade, au camp de cadets de Valcartier. Trente-cinq ans plus tard, rien n'a changé.
L'avocat François Marchand en sait quelque chose. Un de ses clients s'est blessé lors d'une activité des cadets il y a deux ans. Ce jeune homme, qui a aujourd'hui 18 ans, en conservera des séquelles toute sa vie.
Après deux ans de démarches, il se bat toujours avec la Défense nationale pour obtenir une juste compensation. Puisque les cadets ne sont pas assujettis à la Loi sur les allocations aux anciens combattants, qui indemnise les membres des Forces régulières et les réservistes, les recours civils sont les mêmes que pour des blessures subies dans un camp scout ou dans un club de hockey, explique le major Carlo de Ciccio, officier d'affaires publiques pour les cadets au Québec.
«On assure les services d'urgence. Ensuite, si des frais ne sont pas couverts par les assurances, les familles peuvent soumettre une réclamation. C'est vraiment du cas par cas», affirme-t-il. Mais aucune compensation n'est systématiquement accordée pour les séquelles permanentes.
La famille du jeune cadet blessé a entrepris des démarches judiciaires, il y a environ deux ans. Me Marchand n'en revient pas de la lenteur des procédures. «Ce dossier avance à une vitesse géologique. La croûte terrestre évolue plus vite que ça», lance-t-il.
Autre problème?: le manque de transparence. Ou plutôt, la «culture du secret». Impossible de connaître les compensations financières accordées par Anciens combattants Canada aux militaires, ce qui aurait permis de déterminer plus facilement les sommes à réclamer pour son client. Même l'expertise médicale du jeune homme, réalisée par la Défense nationale, est gardée confidentielle! «Dans n'importe quelle cause, on transmet les expertises à l'autre partie. Je suis tombé en bas de ma chaise quand j'ai appris qu'ils refusaient de nous les donner», ajoute Me Marchand.
Cadre juridique
Une compensation financière a finalement été proposée par la Défense nationale, mais son client doit réaliser ses propres expertises médicales s'il ne veut pas «accepter une offre monétaire les yeux fermés», dit l'avocat. Une histoire qui est loin d'être terminée.
Les cadets qui ont subi des blessures lors de l'explosion d'une grenade à Valcartier, en 1974, ne l'ont pas eu plus facile. Le cadre juridique étant le même à l'époque, toutes les compensations financières étaient loin d'être acquises. Même la Défense nationale ne peut dire si les soldats ont été compensés, et si oui, combien l'ont été. «Je n'ai pas d'information à ce sujet», a indiqué le major Carlo de Ciccio, officier d'affaires publiques pour les cadets du Québec. Chaque personne qui croit que son état se détériore en raison d'une action du gouvernement a des recours juridiques possibles. Mais il s'agit de cas privés qu'on ne commente pas.»
À l'époque, Charles Gutta était adjudant-maître de la compagnie D du camp des cadets. Accouru sur les lieux quelques secondes après la déflagration, il a porté secours aux victimes. Il a nettoyé la scène. Il a côtoyé l'horreur. «Après, j'ai continué à vivre. J'ai tenté de faire comme si rien ne s'était passé. Quelle erreur...» laisse-t-il tomber. Aujourd'hui, il tente d'exorciser les démons du passé. Depuis plus d'un an, il a consacré des heures à l'organisation d'un grand rassemblement commémoratif pour souligner le 35e anniversaire du triste événement.
Après des dizaines de coups de fil et des heures à surfer sur Internet, M. Gutta est parvenu à retracer une cinquantaine d'anciens cadets, sur un total de 131. Pour la première fois, plus d'une trentaine devraient assister à la journée de commémoration qui se déroule aujourd'hui, sur la base militaire de Valcartier. En reprenant contact avec d'anciens cadets, deux d'entre eux lui ont confié que leur famille avait dû acquitter des frais d'avocat élevés avant de finir par recevoir une compensation financière d'Ottawa. Des procédures judiciaires coûteuses, qui n'étaient pas à la portée de tous les portefeuilles.
Charles Gutta aimerait bien savoir si d'autres cadets ont reçu une juste compensation à la suite de ce drame, qui a bouleversé leur vie. Il en doute. Les rumeurs qui sont parvenues à ses oreilles racontent le contraire.
FAITS SAILLANTS
1974
30 juillet
En après-midi, 131 cadets sont réunis dans un bâtiment pour suivre un cours sur la sécurité des explosifs donné par l'officier Jean-Claude Giroux. Vers 14h, une grenade «vivante», qui n'aurait jamais dû se trouver avec les engins inactifs, explose subitement. Six cadets sont tués et une trentaine d'adolescents sont hospitalisés.
1975
11 mars
Au terme de son enquête, le
coroner J.-Armand Drouin tient criminellement responsable Jean-Claude Giroux de la mort des six cadets. D'autres soldats sont aussi montrés du doigt pour leur négligence.
1977
28 mars
Début du procès du capitaine Jean-Claude Giroux, accusé de négligence criminelle.
1977
21 juin
Le capitaine Giroux est acquitté. Le juge Anatole Corriveau conclut qu'il y a eu négligence sur plusieurs plans et que
le capitaine Giroux a servi de bouc émissaire.
2009
30 juillet
Trente-cinq ans plus tard, plusieurs anciens cadets se réunissent pour la première fois afin d'honorer la mémoire des cadets décédés.











