Il pleuvait ce mardi-là. Le cours sur la sécurité des explosifs, prévu d'abord à l'extérieur, s'est déroulé exceptionnellement à l'intérieur d'un dortoir. La séance devait permettre aux cadets d'identifier les grenades inertes et de les manipuler de façon sécuritaire. Plus d'une centaine de garçons ont pris place en cercle autour de l'officier instructeur Jean-Claude Giroux.
Peu après le début du cours, Clermont Morin se rend au dortoir pour une vérification de routine. Sergent-major régimentaire du camp, il doit s'assurer que tout
se déroule rondement. L'homme de 34 ans venait tout juste de mettre les pieds dans le bâtiment lorsque la grenade a explosé. Devant lui, soudainement, une scène d'horreur qu'il peine à décrire. Des membres arrachés. Des corps éventrés. Des garçons à la figure déchiquetée, impossibles à identifier sur le coup. Avec l'adjudant-maître Charles Gutta, il a porté secours aux victimes.
Pire tragédie
Selon les chiffres de la Défense nationale, six cadets ont été tués et 29 autres hospitalisés. D'autres bilans font plutôt état d'une centaine de blessés. Clermont Morin vient d'assister à la pire tragédie de l'histoire de la base militaire de Valcartier. Les victimes, Yves Langlois, Érik Lloyd, Pierre Leroux, Mario Provencher, Othan Mangos et Michel Voisard, venaient de la région de Montréal. Ils auraient aujourd'hui 49 ou 50 ans. Au cours des mois qui ont suivi, les autorités ont tenté de comprendre ce qui s'était passé. L'enquête du coroner et le procès de Jean-Claude Giroux ont permis d'éclaircir le mystère.
C'est une série d'erreurs qui a permis à la grenade «vivante» M-61 de se retrouver par mégarde parmi les explosifs inertes manipulés ce jour-là. Quelques jours avant le drame, une grenade vivante a été trouvée parmi le lot des objets utilisés pendant le cours des cadets, mais personne n'avait vérifié s'il y en avait d'autre. Quelques minutes avant l'explosion, un technicien en munitions a vu la grenade M-61 circuler d'un cadet à l'autre, sans toutefois intervenir.
Le capitaine Giroux, accusé de négligence criminelle, a finalement été acquitté le 21 juin 1977. Le juge Anatole Corriveau a conclu qu'il y a eu «de la négligence quelque part» et que le capitaine avait servi de «bouc émissaire».
Même après toutes ces années, les enquêtes et les nombreux témoignages entendus à l'époque n'ont pas réussi à dissiper le sentiment de culpabilité de Clermont Morin. «Si j'étais arrivé cinq minutes plus tôt, j'aurais pu faire quelque chose», dit-il.
Stress post-traumatique
Près de 20 ans après le drame, en 1992, il se décide à consulter pour des problèmes de stress post-traumatique. Le moindre incident provoque chez lui des crises de panique, à répétition. «La caméra se remet en marche, dit-il. Quand ça arrive, je deviens locateur de mon corps. Cette bibitte-là me fait faire ce qu'elle veut.»
Joint par Charles Gutta il y a quelques mois, Clermont Morin lui a donné un coup de pouce afin d'organiser la cérémonie commémorative d'aujourd'hui. «Je veux tourner la page d'un livre que j'espère brûler après», laisse-t-il tomber.











