«C'est un choc», dit Bob Kaluma, 26 ans, un des employés de l'organisme appelé Collectif de sensibilisation communautaire pour le développement intégré et dirigé par son père, Katémbo Kaluma. «Perdre tout l'effort qu'on a mis là-dedans, c'est comme si on vous mettait devant un mur. Là, il va falloir trouver une sortie.»
Chaque semaine, l'organisme de la famille Kaluma reçoit environ deux camions remplis de sacs de linge provenant de plusieurs friperies de Québec et d'ailleurs. Les vêtements sont triés, compressés et sont ensuite envoyés par conteneur en République démocratique du Congo, un pays ravagé par des années de guerre et d'où est originaire la famille Kaluma.
Peu avant 3h, dans la nuit de mardi à mercredi, les deux étages et le demi-sous-sol que l'organisme loue comme entrepôt dans un édifice multifonctionnel situé sur la rue de Verdun, à l'angle de la rue Saint-Vallier Ouest, a commencé à brûler. Selon le Service de protection contre les incendies de Québec, les flammes auraient pris naissance dans une voiture stationnée face à l'entrepôt, à l'intérieur duquel se trouvait l'équivalent de 15 ou 20 camions de vêtements.
La voiture, une Sunfire 1999 qui a été complètement calcinée, appartenait à Bob Kaluma. Le jeune homme de 26 ans a affirmé mercredi après-midi, au Soleil, qu'il s'était assoupi dans le demi-sous-sol de l'entrepôt après avoir trié des vêtements toute la soirée, lorsqu'il a pris conscience qu'un incendie faisait rage.
«J'ai senti l'odeur de fumée et j'ai pensé que c'était juste un petit feu que je pouvais éteindre moi-même, raconte-t-il. J'ai pris l'extincteur et j'ai essayé de le chercher. Mais la fumée devenait de plus en plus grosse, je manquais d'air et je ne pouvais plus voir; l'électricité était partie. J'ai compris que si j'attendais là, ce serait dangereux pour moi, alors j'ai décidé de sortir et, en sortant, les pompiers étaient déjà bien installés.»
Trois heures de combat
Les pompiers avaient déjà évacué deux autres individus qui dormaient au deuxième étage du bâtiment dans une école d'arts martiaux. Aucun d'entre eux n'a été blessé. Durant près de trois heures, une soixantaine de pompiers de toutes les casernes de Québec ont combattu l'incendie. Les flammes ont sérieusement endommagé le sous-sol et les deux étages de l'entrepôt, mais ne se sont pas rendues jusqu'au toit de cet édifice qui abrite aussi un électricien et une entreprise d'armoires de cuisine.
Mercredi matin, on pouvait voir des tas de sacs à ordures éventrés, remplis de vêtements, qui débordaient du bâtiment brûlé. Le reste des vêtements, qui étaient entreposés au sous-sol et sur les deux étages, a alimenté le feu jusqu'à ce qu'il soit maîtrisé, vers 6h. Trois heures plus tard, il y avait encore de la fumée.
«C'est vraiment l'accumulation de vêtements qui a été notre principale problématique, indique le chef aux opérations Guy Vallée. C'était plus difficile d'atteindre le foyer [de l'incendie].»
Ironiquement, des inspecteurs du Service de prévention contre les incendies de la Ville de Québec avaient visité l'entrepôt de l'organisme la veille de l'incendie. Ils voulaient vérifier si des mesures avaient été prises pour corriger l'«entreposage excessif» signalé à l'organisme il y a quelques semaines par un avis d'infraction, indique le porte-parole de la Ville, Jacques Perron.
Selon M. Perron, rien n'indique pour le moment que l'objet de la visite des inspecteurs soit lié à la cause de l'incendie. «Souvent, souligne-t-il toutefois, on se fait dire que la Prévention exagère. Sauf que l'incendie de ce matin [mercredi] et la complexité de l'intervention démontrent clairement qu'on n'en fera jamais assez de visites de prévention.»
L'enquête est ouverte
Une enquête a été ouverte pour savoir si une main criminelle pourrait avoir allumé le brasier. «Toutes les hypothèses sont ouvertes», indique Jean-Sébastien Roy, porte-parole de la police de Québec. «Il pourrait s'agir aussi bien d'un incendie accidentel dû à une défectuosité au niveau du véhicule que d'un incendie criminel.» Des expertises ont été menées sur la voiture, mais les résultats ne seront probablement pas connus avant des semaines.
Bob Kaluma, lui, estime que l'incendie est d'origine criminelle. Il ne comprend pas pourquoi sa voiture aurait flambé puisqu'elle était en bon état et qu'il ne fume pas. L'homme de 26 soupçonne des vandales d'être à l'origine du brasier. Il affirme qu'à plusieurs reprises dans les derniers mois, le camion de la Collectif de sensibilisation communautaire pour le développement intégré a été vandalisé.
«Chaque fois qu'on le laissait là-bas, soit on trouvait des clous dans les pneus, l'essence coulait, le prestone coulait, dit-il. On a même essayé de voler le camion?: où il y a le contact, ils ont essayé de couper les fils.»
Bob Kaluma n'était pas certain que l'organisme de sa famille était assuré contre les incendies dans son entrepôt. Il n'a pas été possible de joindre son père mercredi pour avoir plus de précisions à ce sujet.
Mais pour l'instant, le jeune homme se console du fait que la «presse», cette machine qui servait à compresser les vêtements avant de les envoyer en Afrique, ait été épargnée par les flammes. Il s'estime aussi chanceux d'avoir survécu. «C'est une chance que je sois encore là.»











