Élément-clé pour la saine administration du système judiciaire, le sténographe est un officier de justice qui a pour fonction de transcrire les enregistrements mécaniques ainsi que les prises de témoignages hors cour. Il participe à l'administration de la justice en prenant en notes sténographiques les audiences de commissions, entre autres, ce qui permet de garder des traces de leurs travaux par la transcription des témoignages ou des débats.
Seulement voilà, ce noble métier vit une crise sans précédent; au nombre de 300 il y a 30 ans, les sténographes judiciaires officiels ne sont plus que 158 aujourd'hui. La pénurie est particulièrement notable en l'Abitibi-Témiscamingue, où un seul est en poste, dans le Bas-Saint-Laurent, où on en trouve deux, au Saguenay-Lac-Saint-Jean, où il y en a trois, et en Gaspésie, qui n'en répertorie aucun. Des régions qualifiées de «sinistrées» sur ce plan, selon Me Claire Moffet, du service de recherche et législation au Barreau du Québec. Elle siège aussi au conseil d'administration de l'École de sténographie judiciaire du Québec.
À titre indicatif, on en dénombre 64 à Montréal, 22 à Québec et 17 à Longueuil. Le problème est d'autant plus grave que la main-d'oeuvre actuelle est vieillissante : la moyenne d'âge se situe entre 45 et 50 ans et «d'ici 10 ans, on pourrait estimer que 40 % d'entre eux prendront leur retraite. D'ailleurs, beaucoup ne prennent pas leur retraite en ce moment parce qu'il n'y a pas de relève», ajoute Me Moffet.
Cela s'explique notamment, dit-elle, par la fermeture de l'Institut Grandjean, au début des années 80, et par l'abandon de la formation de sténo, quelques années plus tard, par le Collège LaSalle.
Cette pénurie d'effectif induit de fâcheuses conséquences, comme la hausse considérable des coûts des dossiers, ce qui, par ricochet, diminue l'accessibilité à la justice. «Écoutez, quand les sténographes ne sont pas là pour prendre les interrogatoires hors cour, eh bien, cela augmente les délais, ça augmente les frais d'avocat et ça peut amener à des dénis de justice. En ce sens qu'il y a des citoyens qui ne pourront pas avoir accès à la justice en raison des coûts et des délais.»
Il n'en demeure pas moins que des efforts ont été faits pour prendre la mesure de cette situation alors que le Barreau du Québec et l'Association professionnelle des sténographes officiels du Québec ont mis sur pied, en 2005, l'École de sténographie judiciaire du Québec.
Cet établissement, situé à Montréal, dispense une formation d'une durée de deux ans à raison de trois sessions par année. Le début des cours est prévu en janvier 2010 et les personnes intéressées ont jusqu'à la fin d'octobre pour déposer une demande d'admission. Les conditions de travail des sténographes sont plutôt bonnes. À titre d'exemple, le tarif horaire moyen pour la prise de témoignages est de 70 $ l'heure.










