«C'est pire que pire depuis le procès, nous vivons une situation épouvantable, éprouvante pour nous et nos trois enfants», témoigne Johanne Kirouac, au bord des larmes. C'est que les choses sont loin d'être rentrées dans l'ordre depuis quatre mois. Raymond Neveu est toujours suspendu de ses fonctions à plein salaire en raison d'une enquête de nature disciplinaire dont il est l'objet.
«Maintenant, la SQ veut tout simplement faire à l'interne le procès du procès de Raymond. La SQ se moque de la Commission des droits de la personne pour se faire justice», déplore Mme Kirouac dans un entretien avec Le Soleil.
Dans une correspondance de la Direction des affaires internes (DAI) de la Sûreté du Québec, datée du 1er septembre, la direction dit vouloir rencontrer Neveu pour recueillir sa version des faits dans le cadre des enquêtes le concernant, soit pour avoir manqué à son serment d'allégeance et d'office ainsi que de discrétion en révélant aux médias des informations confidentielles à propos de la Sûreté du Québec et pour avoir menacé de mort le commandant du district Côte-Nord de la SQ, Pierre Pinel.
Selon la femme du policier, les enquêteurs de la DAI ont refusé que Raymond Neveu soit accompagné de son avocat lors de cette rencontre, autorisant la seule présence d'un représentant de l'Association professionnelle des officiers de la SQ qui, elle, ne souhaite pas intervenir dans le dossier. La rencontre fixée au 9 septembre 2009 n'a finalement jamais eu lieu.
«Les enquêteurs de la DAI, même après avoir reçu notre lettre d'avocat signifiant l'intention de ne pas se présenter le 9 septembre, sont venus harceler Raymond jusqu'à notre domicile. C'est de l'intimidation et du harcèlement», dénonce-t-elle.
Épuisement psychologique
Depuis les correspondances de septembre, Raymond Neveu est sans nouvelles de la Sûreté du Québec et de la progression de son enquête interne. «Le jeu de la SQ est l'isolement, Raymond se trouve dans une cage dorée. Nous vivons une insécurité financière, nous ne pouvons pas déménager et Raymond ne peut travailler. Nous vivons un épuisement physique et psychologique complet», indique Mme Kirouac.
C'est pour se sortir de ce psychodrame que Johanne Kirouac brise le silence. Elle a fait parvenir une lettre dénonçant l'attitude la Sûreté du Québec au ministère de la Sécurité publique ainsi qu'au cabinet du premier ministre au début du mois. «Je n'en pouvais plus, il faut que les gens sachent ce qui se passe. La Sûreté du Québec brise la vie des policiers qui ont fait leur devoir, ça n'a aucun sens», dit-elle.
Johanne Kirouac cite en exemple les cas des policiers Guy Simard et Mikel Golzarian, qui ont aussi été victimes de représailles après avoir dénoncé des irrégularités au sein de corps policiers. Actuellement, Mme Kirouac n'a reçu que des accusés de réception de la part de Québec.
Mme Kirouac lance aussi un appel aux autres femmes de policiers vivant des situations semblables et souhaite qu'elles dénoncent à leur tour ce genre d'injustice. «Je ne dois pas être seule à vivre ça», conclut-elle. Le couple planche également sur la rédaction d'un livre pour montrer, selon lui, le vrai visage de la Sûreté du Québec.
En raison des plaintes portées contre lui, Raymond Neveu s'est refusé à tout commentaire. Quant à la SQ, elle a simplement confirmé l'existence d'une enquête contre le lieutenant Neveu et affirmé que cette enquête suivait actuellement son cours.
Avec la collaboration de Steeve Paradis












