Il y a près de 20 ans, Jean a commis une erreur de jeunesse. «Comme bien des gens à peine majeurs», a-t-il souligné au Soleil avec une pointe de regret. Il s'est fait arrêter par la police pour un vol de croustilles et de boissons gazeuses, suivi peu de temps après d'un vol de canettes vides dans une cantine d'école. Bref, pas de quoi l'emprisonner, mais assez pour qu'une cour de justice lui impose une amende de 200 $ et qu'il ait un casier judiciaire.
Puis le temps a passé et Jean a repris le droit chemin dont il avait à peine dévié. Il a rencontré Nicole et a trouvé un emploi. Il y a quelques années, il a fait une demande de pardon à la Commission nationale des libérations conditionnelles. Sa requête a été acceptée. Alors quand le douanier américain lui a demandé s'il avait un casier judiciaire, il a répondu non en tout honnêteté, comme il pouvait le faire grâce à son pardon. Il se rendait aux États-Unis pour la première fois.
«Mais le douanier m'a confondu avec un autre Québécois condamné pour trafic de drogues! Pour lui prouver mon innocence, j'ai dû lui dire que j'avais été condamné pour vols mineurs, pas pour trafic de drogues, et que j'avais obtenu un pardon», a expliqué Jean au douanier insistant.
Or, plusieurs Canadiens comme lui ne savent pas que déclarer un casier judiciaire aux douanes américaines leur interdit d'entrer aux États-Unis à moins d'une dérogation (waiver). Même avec un pardon canadien, que les autorités américaines ne reconnaissent pas. Jean ne pouvait pas se rendre à leur petite auberge du Maine.
«Si on m'a refusé pour un vol aussi mineur, les États-Unis pourraient très bien extrader la moitié de leur population pour la même raison!» s'offusque Jean.
«Je suis outrée», ajoute Nicole, sans casier judiciaire, mais qui ne savait pas non plus. «On n'a même pas pensé rebrousser chemin tellement ce sont des délits mineurs. On s'est dit qu'on allait régler ça tout de suite. Même les douaniers canadiens étaient surpris.»
Tolérant malgré tout, le douanier a demandé à Jean de lui prouver qu'il y avait erreur sur la personne et lui a promis de l'aider à passer lorsque ce serait fait. Trois heures plus tard, après un interrogatoire intensif, une prise de photo d'identification et de ses empreintes digitales, Jean est reparti chez lui pour revenir avec ses documents.
Mais lorsque Nicole et lui ont tenté une deuxième fois de passer les douanes vers 18h, leur ange gardien avait terminé son quart de travail et le nouveau douanier a refusé de les laisser passer.
«Ils ont plein pouvoir d'accepter ou de refuser notre présence chez eux», a compris Nicole ce jour-là. Et désormais, Jean est fiché à vie.
Heurter un mur
Malgré des recherches, de multiples appels aux États-Unis, une lettre envoyée à leur député et des consultations juridiques, Jean a dû se résigner. S'il souhaite un jour aller voir la Grosse Pomme ou même qu'il fait escale en avion aux États-Unis, sa seule option est de faire la demande d'une dérogation aux États-Unis. «Je ne pense pas le faire. Je n'ai pas envie d'attendre un an et de payer 1500 $!»
En effet, plusieurs organisations aident les citoyens comme lui à obtenir une telle dérogation, moyennant quelques centaines de dollars, en plus du coût du waiver de 545 $US. «On prévoira plutôt aller à Cuba», a conclu Nicole.











