Des sanglots plein la voix, la mère de la victime, Jean-Philippe Bernier, s'est présentée lundi à la barre des témoins pour venir en aide à Jean-Sébastien Naud, l'accusé et grand ami de son fils aîné. La femme de Rivière-du-Loup a relaté que, deux semaines avant le drame, elle était venue aider à repeindre l'appartement de Lévis où les deux jeunes hommes allaient emménager.
«J'ai connu la relation entre les deux, a-t-elle dit à la juge Hélène Bouillon. C'était tellement beau de les voir ensemble. Ça a été la plus belle fin de semaine de ma vie!»
Cette fin de semaine, Naud a promis à la mère de son ami qu'il serait toujours là si elle avait besoin de lui. «Il a besoin de moi aujourd'hui et je suis là», a ajouté la mère, la gorge nouée, tandis que l'accusé de 23 ans pleurait lui aussi à chaudes larmes.
«C'est une erreur de jeunesse, je ne peux pas lui en vouloir, a poursuivi la mère dévastée. Je crois qu'il porte sa croix autant que moi.»
Auparavant, le procureur de la Couronne, Me Daniel Bélanger, avait relaté que le 7 juillet 2008, Naud et son ami avaient consommé de la bière durant et après le match de soccer auquel ils avaient assisté. En route pour leur appartement, ils ont rencontré une connaissance de Jean-Philippe Bernier.
Une invitation à la course est lancée et acceptée. Sur l'autoroute Henri IV, les deux voitures roulent à vive allure, mais lors d'un dépassement, Naud a perdu la maîtrise de la sienne, qui est allée heurter le pilier d'un viaduc.
Son ami, qui n'avait pas bouclé sa ceinture, a été projeté à une centaine de pieds plus loin et il a subi des blessures mortelles à la tête. Toute la scène a été captée par une caméra du ministère des Transports et elle a été projetée à la juge, lundi.
Au moment de l'accident, Naud roulait à 180 km/h et son taux d'alcoolémie atteignait 0,12 alors qu'il ne détenait qu'un permis probatoire et qu'aucune consommation d'alcool ne lui était donc permise. Le jeune homme n'avait pas d'antécédents judiciaires et il n'avait jamais commis d'infraction au Code de la sécurité routière. Blessé lui aussi dans l'accident, Naud n'en a conservé aucun souvenir.
«J'ai pas de mots pour dire mes regrets, a-t-il témoigné, en larmes. On faisait tout ensemble, c'était mon grand chum. On travaillait et on vivait ensemble.»
Un bon dossier
Technicien en informatique, Naud a eu l'assurance de son employeur, la Fédération des caisses Desjardins, qu'il pourra se prévaloir d'un congé sans solde d'un an, après quoi il pourra réintégrer son poste.
Même s'il disait douter que Naud récidivera un jour, Me Bélanger a réclamé une peine de 36 à 48 mois de pénitencier. L'avocat de l'accusé, Me Serge Goulet, a recommandé à la juge de lui infliger une peine de moins de deux ans.
Se disant lui aussi convaincu qu'on ne reverra plus Naud en cour, Me Goulet a souligné que «tout est positif» dans son dossier. Le rapport présentenciel s'avère entièrement favorable au jeune homme, et son employeur le considère en effet comme un employé modèle.
La juge Bouillon déterminera la peine le 22 janvier.











