Suzanne De Larochelière, de la SQ, et Benoît Archambault, de Santé Canada, ont présenté hier le rapport d'analyse des saisies de drogues de synthèse au quartier général de la SQ.
La Presse, François Roy
Parmi les 365 échantillons recueillis entre juin 2007 et juillet 2008 par la Sûreté du Québec (SQ) et les corps policiers de Québec, de Montréal, de Laval et de Longueuil, le contenu de 54 % des comprimés ne concordait pas avec ce qui était présenté sur le marché noir, révèle le Rapport d'analyse des drogues de synthèse saisies au Québec, dévoilé lundi par Santé Canada et la SQ.
«Les consommateurs, les médecins ou tous les services qui traitent ces gens-là en désintox, par exemple, et même les parents, aussi, doivent être conscients que ce qui circule comme étant un speed ou de l'ecstasy n'est pas nécessairement ça, souligne la sergente Suzanne De Larochellière, spécialiste en drogues à la SQ. Il y a vraiment une disparité entre ce qui est vendu et ce que c'est réellement.»
Émaillés de logos de marque ou de personnages connus comme Fox Racing, Transformers ou Toyota, les comprimés analysés par Santé Canada démontrent que les consommateurs peuvent difficilement se fier aux prétentions des revendeurs.
Ainsi, près de 80 % des échantillons d'ecstasy (ou MDMA), un comprimé caractérisé par ses effets hallucinogènes, contenaient une autre drogue ou un mélange de drogues. Dans la plupart des cas, on y trouvait de la méthamphétamine, un stimulant qui est pourtant recherché dans le speed.
À l'inverse, l'ecstasy a été beaucoup plus rarement retrouvé dans le speed. Mais les analystes de Santé Canada ont relevé des niveaux de concentration très variés de métamphétamine d'un speed à l'autre. Certains contenaient aussi de la kétamine, une drogue anesthésique utilisée surtout par des vétérinaires et parfois en chirurgie. La majorité comprenait aussi une grande part de caféine.
Roulette russe
Parmi les échantillons analysés, 8 % renfermaient également des médicaments d'ordonnance détournés, dont des antibiotiques, des antidépresseurs et des antipsychotiques.
Contenu des drogues de synthèse saisies à Québec (tableau)
Comme il leur est impossible de vérifier le contenu de ce qu'ils avalent, les consommateurs ne peuvent pas prévoir les effets que les drogues auront sur eux, explique Benoît Archambault, gestionnaire du laboratoire du service d'analyse des drogues de Santé Canada.
«Si on fait un parallèle avec l'alcool, explique-t-il, c'est comme si vous pensiez consommer une bière à 5 % d'alcool, mais qu'en fait vous consommez un verre de gin à 40 % d'alcool. Sauf que dans le cas de la méthamphétamine ou de l'ecstasy, vous ne vous en rendez pas compte.»
La consommation de speed et d'ecstasy peut notamment entraîner de l'anxiété, des épisodes psychotiques, ainsi que des problèmes cardiaques, alimentaires et du sommeil. À long terme, elle peut aussi mener à des maladies psychiatriques plus graves.
«Ces drogues sont produites en laboratoires clandestins par des criminels qui ne pensent qu'à faire de l'argent. Que la substance soit pure ou non, ça leur importe peu», fait remarquer la sergente De Larochellière, de la SQ. «Les consommateurs jouent vraiment à la roulette russe.»
Depuis plusieurs années, indique le rapport, la popularité des drogues de synthèse croît constamment au Québec. L'ecstasy et, particulièrement, le speed, sont désormais répandus dans tous les milieux, autant dans les bars, les écoles que les soirées privées, sans égard aux classes sociales.











