Au Québec, il n'y a qu'un Laboratoire de sciences judiciaires et de médecine légale. Il est installé dans la tour de la Sûreté du Québec à Montréal. C'est là que sont pratiquées les autopsies, qu'on vérifie si le marteau trouvé est l'arme du crime, que les douilles des balles sont analysées, que l'ADN prélevé est décortiqué, que la signature au bas d'un testament douteux est vérifiée. Un peu comme dans les populaires séries américaines diffusées au petit écran.
«On manque de monde, on manque de budget», convient, sans ambages, le directeur général, Yves Bob Dufour. «Pour être aux normes, pour que les dossiers sortent en 90 jours, on aurait besoin d'environ 60 personnes de plus.» Présentement, «90 % du temps», cet objectif serait outrepassé.
Quand un mafioso présumé meurt, le corps est analysé rapidement, note-t-il tout de même. Il en est de même si un violeur est recherché. «Les crimes majeurs, on les fait tout de suite. Mais il y en a qui attendent pendant ce temps-là.» Il faudra 18 mois à deux ans pour compléter le dossier d'une dame âgée décédée à la suite de l'ingestion d'une bouteille de médicament.
Le manque serait particulièrement criant dans la salle d'autopsie. Deux pathologistes tentent de scruter 600 corps par année. En plus, ils doivent témoigner au tribunal lorsque nécessaire. Il en faudrait au moins deux autres, avance M. Dufour.
Le temps est tout aussi élastique dans les locaux des biologistes, des toxicologues et des experts en balistique. «Ça peut prendre un an, des fois 15 mois.» S'il faut un an et demi pour livrer l'ADN d'un suspect, «le gars a le temps de se forger un alibi, de déménager», illustre Yves Bob Dufour.
En Ontario, le vérificateur général, Lorne Goldstein, a récemment dénoncé les retards qui s'accumulent au laboratoire de sa province. Le budget et les ressources humaines y sont limités alors que les besoins croissent sans cesse, déplorait-il en décembre. Tout le système de justice pâtit.
Résignation
La situation est la même chez nous, observe le président de l'Association des policières et policiers provinciaux du Québec, Jean-Guy Dagenais, joint en Floride. «C'est sûr que, dans certains dossiers, d'avoir les résultats plus vite, ça aiderait.» Il assure du même souffle que les dossiers urgents sont traités avec diligence, à la satisfaction de ses quelque 5000 membres. «Mais pour une expertise d'alcool dans le sang, c'est sûr que c'est beaucoup plus long.»
Comme M. Dagenais, la plupart des intervenants contactés semblent résignés. Les budgets sont limités, ce qui engendre de l'attente comme dans tout l'appareil étatique, répètent-ils en choeur.
«Oui, il y a des délais, des délais qui sont considérés normaux», commente un porte-parole du Service de police de la Ville de Québec, Jean-Sébastien Roy. «Ça va de plusieurs semaines à plusieurs mois.»
«Ça retarde le travail des coroners», convient à son tour la responsable des communications du Bureau du coroner, Geneviève Guilbault. «Il y a un délai d'au moins quelques mois dans la majorité des cas.» C'est pire lorsqu'il faut recourir à des analyses pointues. S'il ne reste que des dents pour identifier un corps, il faudra s'armer de patience.
Mme Guilbault affiche toutefois le même fatalisme que les autres interlocuteurs. Tous sont conscients que les spécialistes du Laboratoire ne sont pas assez nombreux et que le recrutement est difficile.
Le Laboratoire de sciences judiciaires et de médecine légale compte 130 employés à temps plein et une vingtaine d'occasionnels.










