«C'est une catastrophe de se faire dire que les appareils de loterie vidéo ne sont pas la cause du jeu pathologique», de dire Jean Leblond, l'expert embauché par la poursuite pour prendre la défense des joueurs. Par ses recherches, M. Leblond avait reçu le mandat de démontrer la dangerosité des appareils de loterie vidéo (ALV) et que les joueurs n'avaient pas été adéquatement mis en garde contre le danger des appareils.
Experte du jeu à l'Institut national de santé publique, Élizabeth Papineau trouve dommage que le danger des ALV ne soit pas reconnu. «Aux yeux de la communauté scientifique, le lien entre les ALV et le jeu pathologique est clair», affirme Mme Papineau.
La clause 5 de l'entente hors cour est celle qui agace le plus les experts. Elle stipule que la preuve au procès a établi que les ALV ne sont pas la cause du jeu pathologique. «Quel est le fondement scientifique de cette supposée preuve?» demande M. Leblond. L'expert est demeuré aux côtés des avocats qui représentaient les joueurs pendant les 15 mois d'audition, et il ne se souvient pas avoir entendu une telle preuve.
À la défense des joueurs
Même si son statut d'expert d'une des parties l'oblige à une certaine retenue tant que le dossier n'est pas clos devant le tribunal, M. Leblond a décidé de prendre publiquement la défense des joueurs. Il souhaite ardemment que les avocats, tant ceux de Loto-Québec que Me Jean-Paul Michaud, qui représente les joueurs, sortent de leur mutisme et expliquent cette entente.
«De tout ce qui était demandé au départ, il ne reste rien», de lancer l'expert. Le projet d'entente est totalement muet sur la question des mises en garde et des messages de prévention.
M. Leblond craint aussi que les lobbyistes utilisent cette entente qui nie toute dangerosité des ALV pour tenter d'influencer les décideurs en faveur de l'instauration de plus de jeux, pour plus de profits. Il rappelle que Loto-Québec songe à lancer des jeux sur Internet.
Mme Papineau aurait souhaité que le recours collectif soit l'occasion d'une réflexion un peu plus en profondeur sur la commercialisation de produits à risques. L'experte de l'Institut national de la santé publique considère les messages de prévention concernant le jeu bien timides comparés à ceux sur le tabac.
Liens avec le suicide
Elle rappelle des données qui, aux yeux de la communauté scientifique, démontrent bien que les ALV sont les appareils de jeu les plus dangereux. Notamment celles émanant du bureau du coroner voulant que 211 joueurs se soient suicidés entre 1989 et 2005. De ce nombre, 95 % étaient des mordus des ALV.
Tous les ans, entre 4000 et 5000 joueurs suivent une thérapie pour soigner leur pathologie. De ce nombre, de 80 à 85 % sont des utilisateurs d'ALV, mentionne l'experte, selon qui les appareils sont encore trop facilement accessibles.
Les joueurs qui désirent se faire entendre par le juge le 8 mars ont jusqu'au 26 février pour faire part de leur intention en communiquant avec Me Jean-Paul Michaud au 418 692-3010.












