Lors d'une entrevue téléphonique réalisée jeudi matin, M. Marin a tenu à féliciter la protectrice du citoyen, Raymonde Saint-Germain, pour le «rapport courageux» qu'elle a publié plus tôt cette semaine et dans lequel elle incite fortement le gouvernement Charest à revoir les méthodes d'enquête actuelles qui sont utilisées quand des policiers sont impliqués dans des interventions où des citoyens meurent ou sont blessés gravement. M. Marin dit avoir lu le document préparé par la protectrice du citoyen.Présentement au Québec, ce sont des enquêteurs d'un corps de police autre que celui impliqué qui mènent l'enquête quand des citoyens sont tués ou blessés à la suite d'une intervention policière. Cette approche soulève plusieurs questionnements parmi la population, selon Mme Saint-Germain, qui estime que la création d'une agence comme l'UES serait tout à fait appropriée.
«Par le passé, les policiers nous ont donné de nombreuses preuves qu'ils ne sont pas en mesure d'enquêter sur leurs pairs, a affirmé M. Marin. On n'a qu'à penser à l'affaire Dzienkanski qui s'est produite à l'aéroport de Vancouver, quand M. Dzienkanski est mort après avoir reçu des décharges électriques. Souvent, quand la police enquête sur la police, on se rend compte que des témoins policiers importants ne sont pas rencontrés par les enquêteurs et que les investigations sont menées avec laxisme. Cette façon de faire des enquêtes sur les policiers est archaïque.»
L'UES avait été créée en 1990 par le gouvernement ontarien afin que cesse ce phénomène de la police qui enquête sur la police. Cette façon de faire minait alors la crédibilité des forces policières et c'est pour cela que le gouvernement avait bougé en ce sens.
M. Marin estime que les politiciens de partout au pays doivent se tenir debout devant le lobby policier et mettre sur pied ce type d'agence indépendante.
«Les syndicats policiers s'opposent à l'arrivée d'une telle unité d'enquête indépendante, car ils n'auraient plus le contrôle de ces enquêtes qui touchent les policiers, avance M Marin. Tout est une question de contrôle là-dedans.»
Améliorations nécessaires
Malgré son enthousiasme, M. Marin reconnaît que l'UES doit encore apporter plusieurs améliorations à ses façons de fonctionner afin que le public ait complètement confiance dans cette agence. Dans un rapport datant de septembre 2008, M. Marin avait comparé l'UES à un «tigre édenté». Lui et son équipe ont fouillé les opérations de l'UES durant plus d'une année et ont émis 45 recommandations afin d'améliorer le rendement de cette agence.
M. Marin connaît bien les rouages de cette escouade, car il en a été le directeur entre 1996 et 1998.
«À de nombreuses reprises, nous avons entendu les membres de l'UES, comme les membres du public, nous dire que fondamentalement, l'UES n'a "pas de mordant", avait déclaré M. Martin en 2008. De toute évidence, il faut agir pour détruire l'image de tigre édenté et de chien muselé qui est actuellement celle de l'UES, si l'on veut que l'UES gagne le respect de la police et du public.»
M. estime notamment que l'UES devrait recruter moins d'anciens policiers dans ses rangs, afin que la population cesse d'y voir une perception de partialité quand ces mêmes enquêteurs effectuent leurs investigations.
Il avance aussi que le gouvernement provincial devrait donner plus de pouvoir à cette unité d'enquête, car présentement, il arrive trop souvent que les corps de police ne l'informent pas assez rapidement des événements où elle pourrait être amenée à enquêter. De plus, il est connu que les policiers visés par une enquête refusent souvent de collaborer avec l'UES.
«Il n'y a aucune conséquence dans les législations en place pour les corps de police récalcitrants. Les corps de police et policiers devraient faire face à des conséquences quand ils tentent de déjouer les enquêteurs de l'UES.»
M. Marin estime que le nouveau patron de l'UES, Ian Scott, a déjà mis en place certaines de ses recommandations. L'ombudsman prépare d'ailleurs un autre rapport sur l'UES.












