Le Dr Claude Juneau, qui a soigné les gens de Shannon toute sa carrière, a été l'un des premiers à faire le lien entre l'eau et le taux élevé de cas de cancer. Il est accompagné de Marie-Paule Spieser, qui est à la tête du recours collectif des résidants autorisé en 2007.
Photothèque Le Soleil, Patrice Laroche
Les citoyens de Shannon ripostent. Non seulement maintiennent-ils que leur recours collectif est valide, mais ils entendent démontrer à la cour que le TCE s'est propagé bien plus loin qu'estimé à l'origine de la poursuite. Et que le nombre de cas de cancer et d'autres maladies a explosé dans les zones affectées.
«On a vu, avec des tests [sur les chromosomes de malades] que la contamination devrait être beaucoup plus étendue», soutient le principal avocat des citoyens, Me Charles Veilleux. «Eux-mêmes [l'armée et ses sous-traitants], ils ont admis que la contamination était beaucoup plus vaste.»
Pour l'avocat qui patauge dans le dossier depuis une dizaine d'années, il ne fait aucun doute que la pollution au trichloréthylène (TCE) de l'eau «potable» des citoyens de Shannon et des militaires de la Garnison Valcartier a causé de nombreux cancers. Des quelque 25 échantillons des tissus de malades analysés par un laboratoire américain, seuls deux ou trois ne présenteraient pas les stigmates du dégraissant industriel.
L'ensemble de la preuve est contesté
Mais les avocats de la défense contestent l'ensemble de la preuve. Et chargent fort en attaquant d'emblée la validité même du recours collectif autorisé par le tribunal en 2007. Dans la requête entendue aujourd'hui, ils soutiennent que la durée de l'exposition au TCE varie grandement d'une personne à l'autre, tout comme la gravité des diverses maladies qui seraient imputables à l'ingestion du contaminant. Ils évaluent donc que chaque plaignant devrait intenter son propre procès contre l'armée et les propriétaires des autres terrains d'où s'écoule le TCE (General Dynamics et la Société immobilière Valcartier).
Le gouvernement canadien expose l'essentiel de ses positions dans le site Web de la Défense nationale. Ottawa soutient donc qu'il n'y a aucun lien de cause à effet entre le contact avec le TCE et «les présumés problèmes de santé». Les représentants de l'État avancent également que «la concentration de TCE retrouvée dans les puits ne cause pas des cancers ni aucune autre trouble de santé réputés associés à l'exposition au TCE [sic]».
De toute façon, les militaires et leurs sous-traitants auraient respecté toutes les normes environnementales en vigueur à l'époque, quand ils déversaient le TCE dans la nature : «Le gouvernement du Canada a utilisé et disposé le TCE conformément aux connaissances scientifiques et aux exigences prévues par la loi qui s'appliquaient alors.»
Finalement, Ottawa tentera de prouver qu'il a agi avec diligence : «Le gouvernement du Canada a pris toutes les mesures nécessaires pour procurer de l'eau potable aux résidants de Shannon et pour identifier le problème, trouver des solutions et informer les autorités appropriées.»
Afin de faire face à ce tir groupé, le cabinet de Me Charles Veilleux s'est adjoint des juristes habitués des recours collectifs : Me Pierre Sylvestre, spécialiste des causes environnementales, associé du cabinet montréalais Sylvestre Fafard Painchaud, et Me Mary Alexander, juriste américaine présentée comme spécialiste des litiges pour la protection des consommateurs.










