À trois reprises, Bernard Plante, 54 ans, a rapporté dans ses textes la preuve présentée en cour lors d'enquêtes sur mise en liberté provisoire en dépit d'ordonnances de non-publication prononcées par les juges. Les trois fois, a souligné la procureure de la Couronne, Me Lyne Morais, le journaliste d'expérience était pourtant présent en cour.
Une fois, il est passé outre l'ordonnance, même après avoir vérifié auprès de la greffière si le juge en avait prononcé une. Malheureusement, c'est en lisant le Journal de Québec que la soeur de la victime d'un chauffard a appris que la jeune femme se trouvait dans un état neurovégétatif.
Autre fait aggravant, le journaliste qui couvrait l'actualité judiciaire au palais de justice était parfaitement au courant à ce moment que l'un de ses confrères avait été accusé d'un crime identique, peu auparavant. «Ce sont des crimes d'insouciance et de négligence», a martelé Me Morais en réclamant l'imposition d'amendes à Plante. De son côté, l'avocate de ce dernier, Me Nadine Touma, a demandé au juge Michel Auger d'accorder une absolution inconditionnelle au journaliste, qui s'est dit disposé à faire un don de 2000 $.
Le premier journaliste de Quebecor condamné pour ce type d'infraction a eu droit à une absolution inconditionnelle et il a fait un don de 10 000 $. Il s'agissait toutefois d'un journaliste sans expérience dans le domaine judiciaire qui avait dû y faire un remplacement au pied levé, ce qui n'est pas le cas de Plante, qui a arpenté les couloirs du palais de justice durant plusieurs mois, a souligné Me Morais.
«Je regrette amèrement les torts que j'ai pu causer», a déclaré le journaliste mis à pied en mars 2009 par l'agence Nomade, qui approvisionnait le Journal de Québec durant le lock-out. Ses accusations, a déclaré son avocate, l'ont ébranlé financièrement, professionnellement et sa santé mentale en a été affectée. Depuis l'automne 2009, en effet, Plante traverse une dépression majeure et il se cherche toujours du travail. «Il s'investissait beaucoup dans sa carrière et il était valorisé par son emploi, a assuré Me Touma. Après avoir été accusé, il a subi l'opprobre des autres journalistes et la dégringolade a été sévère.»
Durant la «grève» au Journal de Québec, Plante n'a pas eu la vie facile, car il était considéré comme un briseur de grève, de rappeler l'avocate. Après avoir été accusé, il n'a pu continuer à approvisionner le quotidien en nouvelles du domaine judiciaire, de sorte que, travaillant chez lui, il s'est consacré aux domaines de la finance, de la santé et de l'environnement.
Le juge Auger prononcera la sentence le 7 mai.










