Prof coupable de voies de fait: non à une seconde chance

Ian Bussières
Le Soleil

(Québec) Congédiée par la commission scolaire de l'Estuaire à Baie-Comeau après avoir été trouvée coupable de voies de fait sur deux élèves de deuxième année en 2004, Jacqueline Perron a échoué dans sa tentative de réobtenir le brevet d'enseignement qui lui avait été retiré par le ministre de l'Éducation en juillet 2007 à la suite de cette affaire.

Les actes qui avaient mené au congédiement de l'enseignante qui comptait 32 ans d'ancienneté étaient essentiellement des voies de fait sur certains élèves, des paroles blessantes, des cris, des menaces et des pertes de contrôle de la classe sur une période de deux ans.

Les témoignages entendus au procès devant la Cour du Québec faisaient état de cordes au plafond avec lesquelles l'enseignante menaçait d'accrocher les enfants dissipés, de sobriquets comme «lâche», «demeuré» ou «bébé» appliqués aux enfants qui pleuraient et d'enfants qui avaient été poussés, pincés ou qui se seraient fait serrer le bras.

Maintenant âgée de 60 ans, Jacqueline Perron s'est adressée récemment au Tribunal administratif du Québec (TAQ) afin d'obtenir de nouveau la permission d'enseigner, elle qui vit de l'aide sociale depuis trois ans après avoir en vain expédié plusieurs demandes d'emploi dans d'autres domaines.

L'ex-enseignante de l'école Boisvert a fait témoigner d'ex-collègues de travail, d'anciens élèves et leurs parents. Ceux-ci sont venus dire aux juges administratifs Sylviane Lalonde et Robert Lessard qu'ils n'avaient rien à redire des méthodes d'enseignement de Jacqueline Perron.

Quant à la principale intéressée qui, malgré sa condamnation criminelle, continue de nier tout geste s'apparentant à des voies de fait, elle a prétendu être la cible d'un complot de la part de gens qui souhaitaient son départ.

Le tribunal n'a cependant pas retenu cet argumentaire. «Le tribunal ne croit pas la requérante lorsqu'elle se dit blanche comme neige. Trop d'événements semblables ont été relatés par les enfants, une quinzaine ayant témoigné devant la Cour du Québec, qui ne peuvent pas tous avoir menti ou avoir été contaminés par leurs parents. C'est invraisemblable», affirment les juges dans leur décision.

Climat de peur en classe

Disant être d'avis que l'ensemble des attitudes de l'ex-enseignante envers les enfants visait à instaurer un climat de peur par la voie de l'intimidation pour arriver à les contrôler, ils ajoutent que cela représente un acte grave, dérogatoire et indigne de la profession d'enseignante. «De nos jours, d'autres moyens existent pour arriver à se faire respecter et obtenir l'écoute et l'attention des enfants, fussent-ils en bas âge et "enfants-rois"», poursuivent-ils.

Ainsi, le TAQ a estimé que la révocation du brevet d'enseignement de Jacqueline Perron n'était pas trop sévère étant donné les nombreuses lacunes constatées chez elle, son absence d'autocritique et le risque significativement élevé de la voir instaurer de nouveau dans sa classe d'enfants en bas âge un climat d'intimidation, voire de peur, par des gestes et des paroles inadéquats répétés.

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