Laurent Paré est un huissier de justice de Québec, membre de son ordre professionnel depuis près de 30 ans. Embauché par le MRQ pendant plusieurs années, il en dénonce aujourd'hui certaines pratiques. Son témoignage est consigné dans deux déclarations assermentées devant le greffier adjoint de la Cour supérieure du Québec.
Selon ses dires, lorsqu'il a commencé à remettre en question les méthodes du Revenu, au printemps 2009, il se serait «gagné une vérification fiscale TPS-TVQ».
La chose n'aurait pas vraiment surpris le huissier de Québec. Embauché par le Revenu, il a participé à des saisies contre des membres du crime organisé lors d'opérations conjointes avec la Sûreté du Québec. Il aurait alors été confronté à certaines façons de faire.
En avril 2008, lors d'une frappe chez un Hells Angels de Saint-Nicolas, M. Paré aurait douté qu'un concessionnaire Harley Davidson collabore avec les limiers du fisc. «Mon supérieur m'a dit : ?La dernière fois qu'il n'a pas collaboré, on lui a envoyé des vérificateurs et ça lui a coûté 35 000 $. Il va collaborer?», se remémore-t-il. Ce qui aurait effectivement été le cas.
Rentrer dans le moule
À au moins trois reprises entre 2005 et 2009, M. Paré aurait entendu son supérieur lancer : «S'il ne collabore pas, dis-lui qu'on va lui payer une mise à jour de tous ses livres comptables aux frais de l'État».
Même genre d'expérience pour un ex-agent de recouvrement du MRQ qui désire conserver l'anonymat. «Un propriétaire de bar ne voulait pas nous donner d'information, se rappelle-t-il. Un vérificateur te l'a cotisé... Finalement, les portes se sont ouvertes.»
Les deux personnes dénoncent une culture d'intimidation et d'omerta au MRQ.
«C'est de même que ça marche, assure M. Paré. Si tu rentres dans le moule et que tu fermes ta gueule, ils vont toujours te protéger. Mais si tu lèves le petit doigt et qu'ils pensent que tu peux être une menace pour eux, ils utilisent les enquêtes spéciales. Ils se dépêchent de mettre ton nom dans le journal et tu es dehors.»
L'ex-agent dit avoir goûté lui-même à la médecine. «On a tenté de me salir, dit-il. Quand j'ai commencé à dire que j'avais de la difficulté à vivre avec nos façons de faire, c'est là que ça s'est mis à mal aller pour moi.»
À moins d'une enquête policière en bonne et due forme, il serait impossible de faire la lumière sur les agissements de certains limiers, d'après eux. «Personne ne veut parler à cause de l'omerta, assure Laurent Paré. Les enquêtes spéciales embarquent et ils sont dehors dans le temps de le dire. La loi du silence est omniprésente et forte. Pas un employé ne va vous parler s'il n'y est pas contraint judiciairement.»
«Il ne se fera rien»
Malgré son témoignage, l'ex-agent de recouvrement est convaincu que la machine du Revenu est si forte, si importante pour les entrées d'argent du gouverment, que l'affaire sera étouffée.
«Il ne se fera rien, laisse-t-il tomber. Est-ce que les médias et l'opposition sont parvenus à obtenir une commission d'enquête sur la construction? Regardez bien ça aller. Ils vont tout écraser.»



















