Malgré l'objection de l'avocate de l'Autorité des marchés financiers (AMF), le fraudeur a pu témoigner lors de l'audition de la requête de 139 investisseurs floués qui se sont vu refuser toute indemnisation par l'AMF. Il a reconnu qu'en mettant sa vaste fraude à exécution, il savait très bien les conséquences qu'elle aurait sur les investisseurs.
Lorsque le témoin vedette de 43 ans s'est amené à la barre, le silence s'est fait dans la grande salle d'audience du palais de justice de Québec. D'une voix douce et empreinte de la plus grande politesse envers le juge et les avocats, Lacroix a répondu sans réticence à toutes les questions, même les plus gênantes pour lui.
Une bonne mémoire
Arrivé avec une liasse de documents, il n'y a guère référé, faisant preuve d'une solide mémoire quant à la structure de ses sociétés et à ses manoeuvres frauduleuses. Ces gestes étaient déjà connus, mais Lacroix a confirmé avoir fait des prélèvements non autorisés dans les fonds, avoir fabriqué de faux rapports pour en cacher la disparition, et falsifié des documents pour faire croire que les rendements étaient plus élevés qu'ils ne l'étaient en réalité.
Dans la cause soumise au tribunal, les 139 investisseurs demandent au juge d'annuler le refus de les indemniser. Leurs réclamations totalisent 7,6 millions $. Sur 9200 investisseurs floués, l'AMF en a indemnisé 925 pour une somme totale de 31 millions $, a indiqué Sylvain Théberge, le porte-parole de l'organisme.
En refusant d'indemniser, l'AMF a expliqué que les fonds avaient été acquis par Investissements SPA et qu'étant donné qu'il s'agissait d'un courtier, les transactions n'étaient pas couvertes. Cette société avait acquis pour ses clients des Fonds Évolution Perfolio, sachant que leur valeur avait été falsifiée, allèguent les requérants.
Si Lacroix a reconnu n'avoir jamais été rattaché à la gestion des portefeuilles de SPA, lorsque contre-interrogé par l'avocate de l'AMF, Me Geneviève Cotnam, il a déclaré en être le seul actionnaire, le président et le secrétaire.
La falsification de documents, a admis Lacroix, a surévalué considérablement la valeur des parts de Perfolio, car ceux-ci détenaient des Fonds Norbourg dont les actifs avaient été réduits par des retraits irréguliers.
Un des éléments de preuve amenés par les avocats des requérants, Mes Marc-André Gravel et Robert Gagné, concerne une intervention personnelle que Lacroix a reconnu avoir faite en 2005.
Lorsque le gestionnaire de Perfolio a voulu vendre des parts de Norbourg, Lacroix lui a fait renverser sa décision parce qu'il n'y avait pas de fonds suffisants dans les Fonds Norbourg, et ce, en raison des retraits irréguliers qu'il avait faits. Il a toutefois ajouté avoir donné un faux prétexte au gestionnaire.
Le procès se poursuit ce matin au palais de justice de Québec.












