Périlleux de photographier des policiers en action...

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Raphaël Ménard n'est pas près d'oublier la soirée... (Le Soleil, Steve Deschênes)

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Raphaël Ménard n'est pas près d'oublier la soirée du 15 août, au cours de laquelle il a reçu une contravention de 214 $.

Le Soleil, Steve Deschênes

Jean-François Néron
Le Soleil

(Québec) Un homme de Québec a appris qu'il était périlleux de vouloir photographier des policiers de Québec dans l'exercice de leurs fonctions. Il dit avoir passé une nuit en prison et avoir reçu une contravention pour désordre après avoir pris deux clichés d'une intervention policière qui se déroulait pourtant en pleine rue.

Raphaël Ménard se rappelle encore de cette fin de soirée du samedi 15 août, même s'il avait pris quelques verres. Il se trouvait alors en compagnie d'un ami sur la terrasse du bar L'Autre zone sur la 3e Avenue.

«Il y avait des gars qui se battaient. Soudain, j'ai vu arriver trois autos de police. Un des gars était un peu plus agité. Un policier l'a mis par terre et c'est comme s'il lui frottait la tête par terre. Je trouvais que c'était rough un peu. J'ai pris mon téléphone cellulaire et je me suis approché sur le bord de la terrasse pour prendre des photos», raconte-t-il.

Menotté

Quelques instants plus tard, une agente l'a aperçu et l'a fixé du regard pendant qu'il regardait l'écran de son portable. Un autre policier s'est approché pour l'intercepter. M. Ménard a été arrêté, menotté et conduit dans une autopatrouille. «J'essayais d'argumenter, sans jamais les insulter, jure-t-il, pour savoir ce que j'avais fait de mal. Ils ont rédigé une contravention de 214 $ pour désordre.»

Le Soleil a obtenu copie de cette contravention, que le principal intéressé ne compte pas acquitter. En substance, il est écrit que le constat est émis parce que M. Ménard «a causé du désordre ou fait du tumulte, du bruit, a troublé la paix ou s'est emporté de façon à troubler la paix». Pourtant, M. Ménard insiste sur le fait qu'il n'a jamais résisté à son arrestation et qu'il ne s'est jamais comporté de façon à recevoir une telle contravention.

Les policiers l'ont ensuite emmené à la centrale du parc Victoria où il a passé la nuit en cellule. Ce n'est qu'au matin qu'il a été libéré. Lorsqu'il a récupéré son téléphone, les photographies prises avaient disparu.

Malgré la suppression des clichés, M. Ménard conserve un souvenir de cette nuit mouvementée. En effet, l'ami qui se trouvait avec lui, et qui a confirmé son récit, a filmé une partie des événements de la soirée avec son propre téléphone portable. Toutefois, les policiers n'ont pu saisir ce second appareil puisque, de toute évidence, ils n'ont pas vu qu'une deuxième personne immortalisait la scène.

Le Soleil a visionné la vidéo d'une trentaine de secondes. On y voit des policiers qui tiennent à l'écart quelques badauds, une dizaine, dont faisaient partie Raphaël Ménard et son ami. Certes, on y sent l'excitation que crée la présence des policiers sur la clientèle d'un bar à l'heure de fermeture. Mais on y observe surtout l'agente qui fixe M. Ménard, un policier qui s'avance en vitesse pour l'intercepter, puis l'enregistrement coupe. L'ami de M. Ménard cache alors son appareil parce qu'il ne voulait pas se faire prendre pendant qu'il filmait.

«Je ne méritais pas de me faire arrêter devant tout le monde comme un criminel et de passer une nuit en prison», lance-t-il, se rappelant aussi l'attitude «méprisante» des policiers dans les locaux de détention. «J'ai juste pris deux photos. En plus, j'ai manqué ma journée de travail parce que je peux vous dire que je n'ai pas dormi cette nuit-là.»

Aucune plainte

À ce jour, il n'a porté aucune plainte, un peu par peur de représailles et parce qu'il ne croit pas que cela «aurait pu changer grand-chose».

C'est en lisant un article sur un cas similaire au sien déjà paru dans Le Soleil  qu'il a communiqué avec l'auteur de ces lignes pour demander conseil, croyant vraiment avoir été lui-même victime d'un abus. Maintenant que son histoire est connue, il songe à porter plainte auprès du comité de déontologie policière.

Perçu comme un agitateur

La police de Québec confirme qu'il y a bien eu trois arrestations, le soir du 15 août. Les deux individus qui s'étaient battus et M. Ménard. Toutefois, l'agent Jean-Sébastien Roy soutient que ce dernier a été appréhendé parce qu'il était considéré comme un agitateur dans la foule de spectateurs, qu'il avait insulté un policier et qu'il était agressif.

«Nous savons que ce n'est pas interdit de filmer les policiers lors d'une intervention. Le fait qu'il prenait des photographies avec son téléphone n'a rien à voir avec son arrestation.» Des informations qu'a refutées M. Ménard, réitérant qu'il n'avait jamais adressé la parole aux policiers et qu'il s'était comporté de manière correcte.  

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