La présidente de Promo-Vélo, Jeanne Robin, parle d'un «fléau». Comme à peu près toutes les sources jointes pour ce reportage, elle s'est déjà fait dérober une bécane. «C'est une préoccupation importante des cyclistes», observe-t-elle. Le quotidien est chambardé quand l'engin censé nous ramener à la maison après les courses ou le boulot a disparu...
Vélo Québec estime que plus ou moins 15 000 bicyclettes sont volées chaque année dans la province. Rien pour surprendre les commerçants spécialisés. Tant en banlieue qu'au centre-ville, ils connaissent moult clients dont le bolide s'est volatilisé.
«[Des vols], il y en a partout, confirme le propriétaire de Sport Olympe, installé dans le secteur de L'Ancienne-Lorette. On fait beaucoup de remplacements.» Au fil de nos entrevues, le campus de l'Université Laval et le quartier Saint-Roch ont néanmoins été identifiés comme des zones particulièrement «actives».
Justement, chez Mountain Equipment Co-op (MEC), au centre-ville, le vélo d'une cliente malchanceuse a récemment disparu tandis qu'elle faisait ses emplettes. Une caissière a aussi rencontré une autre victime, il y a une semaine, dans un café voisin. Chez MEC, pour minimiser les risques, les cyclistes peuvent entrer dans le commerce avec leur vélo. Et s'ils préfèrent l'attacher à l'extérieur, on leur prêtera un cadenas, indique le directeur du marketing pour le Québec, François-Xavier Delemotte.
Les revendeurs seraient affairés, présentant leur marchandise illégale aux entreprises légitimes. Au Centre du bicycle Sainte-Foy, le propriétaire Simon Savoie s'est même fait proposer la bicyclette volée à un de ses employés un jour plus tôt...
Une autre fois, un individu est débarqué avec un vélo d'une valeur d'environ 5000 $ vendu à un bon client! Celui-ci, un cycliste de Saint-Augustin, ne veut pas être nommé par crainte d'une autre introduction par effraction. Deux fois, toutes les bicyclettes de la famille ont disparu. Elles étaient pourtant attachées avec des cadenas dans un cabanon fermé à clé, raconte-t-il au téléphone. Las des vols, il s'est barricadé et a complètement fermé son terrain avec une clôture.
Seul le dispendieux vélo malencontreusement retourné au commerce d'origine a finalement été récupéré. Mais, malgré l'intervention policière, aucune accusation n'a été déposée puisque le suspect a juré qu'il avait acquis le bien en toute légalité sans savoir d'où il venait.
Peu après, ce cycliste de Saint-Augustin a revu la bicyclette de sa fille dans un commerce d'articles de sport usagés. Ce serait d'ailleurs un des débouchés. Tant chez Sport Bazar du chemin Saint-Louis que chez Écho Sports de la rue Marais, les vendeurs admettent que des receleurs tentent, à l'occasion, de leur refiler des vélos de grande valeur à très petit prix. Les deux boutiques assurent toutefois les repousser en leur offrant un crédit sur la marchandise plutôt que de l'argent sonnant.
Les prêteurs sur gage certifient aussi qu'ils ne vendent pas de biens déclarés volés. L'un d'eux a néanmoins convenu, lors de notre visite, que certains vélos de valeur sont acquis pour aussi peu que 40 $. Il les conserve alors en entrepôt le temps de vérifier si les policiers les réclament.
Sébastien Rouleau, propriétaire de quatre établissements de prêt sur gage, garantit qu'il n'acquiert pas de biens dérobés. Une fois par semaine, il envoie les numéros de série aux forces de l'ordre. En plus, il photographie les vendeurs. Ce serait dissuasif.
Puisqu'il serait moins aisé d'écouler la marchandise, les malfrats se seraient tournés vers la vente de pièces détachées et de ferraille, comme pour les voitures.
Beaucoup liquident également les vélos directement dans la rue, observe le propriétaire du Muséovélo de la rue Saint-Jean, Pierre «Piero Vélo» Bernier. Il faut alors se demander qui est le vrai voleur, décoche-t-il : Celui qui vend ou celui qui achète un vélo de marque à prix dérisoire?












