Peu connu du public, l'homme jouit d'une solide réputation dans les milieux d'affaires de Québec.
Partout où il est passé, on vante ses qualités de rigueur, sa fiabilité, sa loyauté, sa créativité, sa vision réaliste des choses, son large réseau de contacts, son intégrité et son enthousiasme.
«Une connaissance intime de ses dossiers; ses papiers sont en ordre et il peut répondre aux questions», rapporte le spécialiste des communications Jean Lemay, qui l'a côtoyé au c. a. du 400e.
Cette crédibilité explique certainement pourquoi le projet d'amphithéâtre de M. Bédard a spontanément suscité l'adhésion publique, là où d'autres comme Mark Charest ou Me Guy Bertrand ont provoqué incrédulité et scepticisme.
Le pari de M. Bédard : recueillir 50 millions $ auprès des citoyens et des entreprises de Québec et s'en servir comme levier pour convaincre la Ville (50 millions $) et les deux gouvernements (100 millions $ chacun) d'embarquer.
Il est trop tôt pour spéculer sur les chances de M. Bédard de tenir son pari jusqu'au bout mais les premiers résultats sont prometteurs.
«Si c'est Mario, ça ne doit pas être fou», lance Pierre Châteauvert, ex-dg du Parti québécois, aujourd'hui chez HKDP. Cela résume bien l'état d'esprit des gens d'affaires et acteurs publics de Québec.
«Si j'avais à lancer des grands projets, j'exigerais que Mario Bédard soit aux finances; c'est lui que j'irais chercher», confie le pdg du Centre des congrès, P.-Michel Bouchard, qui a travaillé avec M. Bédard aux Jeux mondiaux des policiers et pompiers.
«Il a des principes et il les suit; il est transparent», se souvient M. Bouchard. Lorsque tous deux sont arrivés aux Jeux, le budget était de 7 millions $. M. Bédard l'a fait passer à 18 millions $.
Un budget plus «réaliste» qui tenait compte cette fois de tous les revenus et dépenses. Cela n'a pas empêché les Jeux de déclarer un surplus.
Le bilan financier du 400e rendu public cette semaine suggère la même rigueur de gestion.
Même au plus fort de la tempête, l'hiver dernier, on n'a «jamais perdu le contrôle des finances», assure M. Bédard. Les changements à la direction du 400e ont permis aux citoyens d'avoir des événements de meilleure qualité et d'en avoir plus pour leur argent, mais il n'y a jamais eu de déficit à l'horizon, dit-il.
À l'aise dans l'ombre
Je n'ai trouvé personne qui émette le moindre doute sur les capacités de M. Bédard à piloter le projet d'un nouvel amphithéâtre pour Québec.
Plusieurs ont cependant été surpris de voir ce «soldat loyal et discret» prendre le leadership d'un projet aussi public.
Habituellement, «il est à l'aise dans l'ombre et ne cherche pas les réflecteurs», décrit le collègue journaliste François Ratté, qui le connaît depuis la petite école et qui fait encore partie de son cercle de chums.
Mais Mario Bédard était aussi le «fonceur» qui «sait où il va» et qui «avait une longueur d'avance sur les autres», dit-il.
«Le premier à avoir une blonde, le premier à avoir un char, le premier à avoir une bonne job pendant que les autres travaillaient encore à 5 $ ou 6 $ de l'heure»; il était gérant du Marie-Antoinette de la 1ère Avenue avant d'avoir terminé ses études, se souvient M. Ratté.
Mario Bédard a ensuite fait son chemin en «montant vite», dit-il. Humble, il expliquait à ses chums qu'il avait été chanceux de pouvoir profiter du départ de collègues plus âgés. Il est aujourd'hui associé dans le Groupe Mallette, où il est le responsable du développement des affaires et du recrutement universitaire.
Ne comptez pas sur son c.v. pour vous en dire beaucoup plus. Une seule page aérée : 400e, Jeux des policiers, Chambre de commerce, membre de quelÂques comités, quelques prix et titres. Un homme de peu de mots et de beaucoup de sobriété.
Plusieurs soupçonnent Mario Bédard d'avoir créé ce projet de nouveau Colisée pour mousser sa notoriété en vue d'une future carrière politique. Il jure qu'il n'en est rien et qu'il «ne fera pas de politique». «Ils (les élus) ne sont pas assez payés», a évalué le comptable.
À l'époque où il était proche du Parti québécois, Mario Bédard n'a jamais donné l'impression qu'il voulait faire de la politique, se souvient Pierre Châteauvert. Il est convaincu que M. Bédard agit vraiment pour la «collectivité» et qu'il «carbure aux projets communautaires».
«C'est un jeune coq qui veut monter» ou alors, «peut-être l'effet 400e qui lui a monté à la tête», suggère avec amusement une source étonnée de le voir sortir de l'ombre.
Mario Bédard dit vouloir réaliser un «projet de peuple» et son dévouement à la région de Québec ne peut être mis en doute.
Mais il est aussi un homme d'affaires chargé du développement de son bureau. «En plus de contribuer à l'essor économique à l'échelle régionale, le comptable qui s'engage socialement peut établir de nombreux contacts d'affaires», déclarait il y a quelques années M. Bédard à un journal de son ordre professionnel. C'est excellent pour le Groupe Mallette d'être au coeur des grands projets à Québec, fait remarquer une source.
À l'époque où il siégeait au conseil d'administration des Jeux des policiers et pompiers, M. Bédard avait forcé ses collègues à vendre chacun pour 6000 $ de droits d'entrée à un tournoi de golf bénéfice. «Il fallait que tu embarques», se souvient P.-Michel Bouchard, alors président du c. a. Il est «mobilisateur».
Un collecteur efficace
Mario Bédard a aussi du métier : il a longtemps été collecteur de fonds pour le PQ à Québec. Il a aidé Agnès Maltais, travaillé à la course au leadership d'André Boisclair.
Un collecteur «efficace, discret et de confiance; il fixait des objectifs réalistes et les atteignait», rapporte Pierre Châteauvert. ConÂtrairement à d'autres, il ne considérait pas qu'on lui devait quelque chose en retour, précise l'ancien dg du PQ.
Mario Bédard a aussi servi le Renouveau municipal de Québec et a collecté des fonds pour Ann Bourget lors de la campagne de l'automne dernier.
Mario Girard, qui a remplacé Régis Labeaume à la Fondation de l'entrepreneurship, raconte avoir courtisé M. Bédard lors de cette campagne pour l'inciter à joindre le clan Labeaume. Il a refusé, par «loyauté» envers le RMQ, rapporte M. Girard, qui a cependant perçu que sa cible «ne se reconnaissait plus là -dedans».
Au lendemain de l'élection, Mario Bédard s'est laissé convaincre de vendre des cartes pour un cocktail de financement de Régis Labeaume. Le changement d'allégeance était consacré.
Mario Bédard et le maire Labeaume se sont connus au Parti québécois, il y a une quinzaine d'années, et se sont revus depuis «en affaires», rapporte M. Bédard. Le maire n'est cependant «pas un proche» ni un «ami», dit-il.
À la fin de février, bien avant que le 400e se mette à décoller, Mario Bédard a cogné à la porte du maire Labeaume. «J'ai un beau projet pour Québec, es-tu ouvert à ça?» lui a-t-il demandé. Si M. Labeaume avait dit non, le projet était mort. «Vas-y», lui a dit le maire.




















