Pour les cocktails et les apparitions publiques, il a demandé, dans un geste rassembleur, à son prédécesseur Max Gros-Louis d'agir à titre d'ambassadeur de la nation huronne-wendat. Comme il aimerait aussi que tous les autres anciens grands chefs le fassent, à certaines occasions. «Je souhaite les rencontrer pour obtenir leurs conseils, mais j'aimerais aussi qu'ils me représentent quand l'occasion s'y prêtera», dit le nouveau grand chef dans sa première grande entrevue accordée depuis son élection à Wendake.
Mais l'autre refuse. «Je ne dirai pas aux gens de ne pas me regarder quand ils me croiseront, répond Max Gros-Louis. Mais je ne veux rien d'officiel.»
De même, Konrad Sioui dit ne pas vouloir abuser dans le port des coiffes qui ont fait craquer les touristes chaque fois que l'ancien grand chef, dans ses vêtements colorés, se présentait à l'une ou l'autre des nombreuses cérémonies protocolaires qui ont marqué le 400e de Québec. Ce n'est pas son genre même s'il a un respect énorme pour les wampuns, des ceintures garnies de perles colorées porteuses de messages comme on en trouve dans l'hôtel-musée des Premières Nations.
Pour ses électeurs, Konrad Sioui est le modèle du leader autochtone moderne. Sous ses complets de bonne coupe, comme en portent tous ceux qui gravitent dans la fonction publique, se cache cependant un amoureux de la nature sauvage et de la pratique de la chasse traditionnelle.
Mais il y a aussi un coriace combattant, un homme qui a passé sa vie à négocier les droits de ses frères autochtones, que ce soit ceux des Wendat (sa propre nation) ou ceux des 40 autres communautés des Premières Nations du Québec. Parfois avec succès, d'autres fois sans grands résultats.
Le négociateur
Deux premiers ministres l'ont vu argumenter dans leurs bureaux : Robert Bourassa, qui a concédé à sa communauté le territoire du secteur Tourilli, à l'intérieur de la réserve faunique des Laurentides, et René Lévesque, qui a adopté une résolution reconnaissant aux Premières Nations vivant au Québec des droits aborigènes issus de traités, comme le droit à l'autonomie gouvernementale, le droit d'être propriétaires de leurs terres et de les contrôler, le droit de participer au développement économique du Québec et d'en bénéficier.
Bref, c'est d'abord et avant tout un négociateur que le peuple wendat a nommé.
Contrairement aux Innus de Mashteuiatsh (Roberval) dont l'objectif est de conclure une convention sur les droits qu'ils possèdent dans leur territoire ancestral, les Hurons-Wendat possèdent déjà un traité (celui de Murray) dont la valeur a été confirmée par la Cour suprême du Canada, rappelle le nouveau grand chef. «Même si on est à nos premiers balbutiements, dans nos revendications, signale-t-il, on a l'avantage d'une approche de traité déjà établi. C'est toujours ça de pris.»
En tant que faire se peut, Konrad Sioui ne veut pas régler ses problèmes sur la place publique. «Je préfère les rencontres personnelles», dira-t-il.
Comme celle qu'il souhaite avec le maire Régis Labeaume pour tâter le terrain sur les suites à donner à l'entente sur les 40 arpents, conclue avec le gouvernement fédéral, au début des années 2000.
Cette entente, rappelez-vous, avait été au coeur des débats, parfois émotifs, qui ont permis à la communauté autochtone de bâtir son hôtel-musée, il y a quelques mois. Des 1043 acres de terre qui doivent retourner aux Hurons-Wendat, d'ici 2020, à peine 80 sont redevenus la propriété du conseil de bande. Le reste est à venir.
Ottawa retient aussi les 11,7 millions $ qu'il avait, en même temps, octroyés en guise de compensation mais dont le conseil de bande ne peut lui-même disposer pour son développement économique. «Le gouvernement nous envoie les intérêts annuels, mais il agit toujours comme si on n'était pas capable d'administrer le magot», constate le leader autochtone.
«Les besoins sont peut-être moins aigus sur la réserve, mais ils sont tout aussi criants que dans les autres communautés. Nos aînés vieillissent et n'ont pas les infrastructures pour les accueillir. Notre parc industriel est déjà à l'étroit et notre peuple doit travailler. Il faut créer des emplois pour nos gens et les former s'ils n'ont pas tous les prérequis disponibles.»
La tâche est lourde pour le nouveau grand chef. Surtout s'il ne veut pas marcher dans les mêmes traces que celles de son prédécesseur pour faire, lui-même, sa propre marque.












