«Jusqu'à ce que le ministère de la Sécurité publique émette de nouvelles directives pour ces appareils, la direction du Service de police de Québec a pris la décision de retirer tous les dispositifs à impulsion fabriqués avant 2005», a annoncé hier soir dans un communiqué Michel Desgagné, directeur adjoint à la gendarmerie du SPVQ.La semaine dernière, le ministre québécois de la Sécurité publique, Jacques Dupuis, a demandé à son ministère de faire un inventaire de tous les Taser qu'on trouve au Québec. Il a également ordonné que tous les pistolets électriques fabriqués avant le 31 décembre 2005 soient vérifiés pour s'assurer de leur sécurité.
Le ministre Dupuis a émis ces directives à la suite d'une enquête de Radio-Canada et de la CBC qui démontrait que, contrairement à ce que prétendait son fabricant, le Taser pouvait être dangereux. L'émission Enquête de Radio-Canada avait fait tester une quarantaine de ces armes. Résultat : quatre de ces pistolets électriques, de modèle X-26, émettaient un courant jusqu'à 50 % plus élevé que prévu. Leur point en commun : ils avaient tous été fabriqués avant 2005.
Le porte-parole du SPVQ, Jean-François Vézina, admet que l'enquête de Radio-Canada a pu influencer la décision de la police de Québec. «Toute organisation responsable qui voit ça prend une décision», dit-il.
Avant 2005 seulement
Pendant que les pistolets électriques fabriqués avant 2005 seront envoyés au Laboratoire de sciences judiciaires à Montréal, les Taser fabriqués après 2005 continueront d'être utilisés par les policiers de Québec. Ces derniers représentent toutefois une minorité parmi les Taser appartenant au SPVQ, indique Jean-Françcois Vézina, qui refuse de donner des chiffres.
C'est le professeur Pierre Savard, de l'Institut de génie biomédical de l'École polytechnique de Montréal, qui avait effectué les tests pour l'émission Enquête selon des normes internationales.
«Selon le pire cas possible en appliquant cette méthode reconnue, disait-il à la télé, nous obtenions des probabilités de mort subite de 50 % lorsqu'on utilise des Taser qui produisent des courants trop élevés.»
«On joue clairement avec la vie humaine ici, et ça, c'est inacceptable.»
L'ingénieur en chef de Taser International avait remis en question le test d'Enquête par voie de communiqué, jugeant que les résultats n'étaient pas «pertinents d'un point de vue médical».
Or, deux autres experts indépendants, Stéphane Masse, de l'Université de Toronto, et Roger Barr, de l'Université Duke, en Caroline du Nord, partagent l'analyse de M. Savard.
Vague de retraits
Partout au Canada, plusieurs corps policiers ont commencé à retirer leurs Taser fabriqués avant le 1er janvier 2006, notamment ceux d'Ottawa et de Winnipeg. Tous les corps policiers de la Colombie-Britannique et de la Nouvelle-Écosse ont également arrêté d'utiliser le pistolet électrique.
La GRC avait elle aussi demandé que ses Taser soient évalués. «Nous sommes en dialogue avec des centres de recherche. On fait des tests maintenant sur notre équipement», a récemment déclaré le commissaire William Elliot, tout en soulignant que, jusqu'à maintenant, les tests n'avaient rien identifié d'anormal.
L'utilisation par la police du pistolet à décharge électrique a été remise en question depuis la mort de Robert Dziekanski à l'aéroport international de Vancouver il y a plus d'un an. L'homme avait été atteint à au moins deux reprises par un Taser de la GRC. Une enquête publique sur le cas de M. Dziekanski doit d'ailleurs débuter en janvier.
L'an dernier, à Québec, Claudio Castagnetta est mort une vingtaine d'heures après avoir reçu au moins une décharge de Taser. La police de Québec avait utilisé le pistolet électrique pour l'arrêter alors qu'il était en état de détresse psychologique.
Dans son rapport, le coroner Jean Brochu avait toutefois réitéré la conclusion de la pathologiste qui avait procédé à l'autopsie du défunt. Selon cette dernière, il n'existait aucune «évidence franche et nette» que l'utilisation du pistolet électrique était reliée au décès, plutôt causé par une intoxication aux amphétamines.
Le coroner Brochu soulignait par contre que la méconnaissance actuelle des effets du pistolet Taser justifiait une évaluation à l'hôpital de tous ceux qui recevaient des décharges. Ce que fait systématiquement depuis quelques mois la police de Québec.
Avec La Presse Canadienne et Radio-Canada.ca











