La famille de Clara, comme 75 autres de l'école primaire Saint-Malo, qui accueille une clientèle défavorisée, célébrera dignement Noël grâce à un formidable élan de solidarité.
L'opération Paniers de Noël est née il y a une dizaine d'années, mise sur pied par deux animatrices de vie spirituelle et communautaire travaillant dans des environnements diamétralement opposés, Saint-Sauveur et Cap-Rouge.
Le principe est simple, mais ingénieux : les enfants de l'école Saint-Malo rapportent à la maison une feuille qui explique ce que sont les paniers de Noël et s'ils ont besoin d'en avoir un, relate Marlène Bureau, la directrice de l'établissement. Le parent peut alors inscrire ce dont la famille a besoin : de la nourriture certes, mais aussi des produits hygiéniques et ménagers, des jouets pour les enfants.
Sur plusieurs documents, on peut lire la mention «de tout», preuve que les besoins sont criants.
L'an dernier, une famille avait même demandé d'avoir des chaises et une table assez grande pour que toute la famille puisse manger ensemble. «Les temps sont durs, et ce qui s'en vient ne sera pas facile», constate-t-elle.
Les demandes de 56 ménages sont ensuite acheminées à trois écoles de Cap-Rouge. Chaque classe «adopte» une famille. Les parents de ces enfants apportent à l'école les denrées et articles, usagés comme neufs. C'est aussi l'occasion de parler de pauvreté avec des jeunes choyés qui, souvent, ne peuvent s'imaginer que des gamins de leur âge n'ont pas la chance d'être inscrits dans une équipe de hockey ou d'avoir un frigo bien garni, ajoute Mme Bureau.
Les autres ménages sont parrainés par des donateurs individuels, notamment du personnel des écoles. Les paniers ont été distribués cette semaine.
Don personnalisé
«Je trouve que ça fait un don personnalisé. Chaque année, on donne à la porte des épiceries, on remplit un sac, mais ce n'est pas aussi touchant que quand tu fais une épicerie pour des personnes en particulier, que tu cherches un cadeau pour la petite...», raconte Ginette Daigle, qui a «adopté», l'an dernier, une famille immigrée formée d'une mère monoparentale et de sa fille.
Mme Daigle avait été touchée par un article faisant état de la pauvreté dans ce quartier, où elle a grandi. Cette année, elle est arrivée trop tard pour parrainer une famille, alors elle a plutôt choisi d'offrir une collation à chacun des 300 élèves de l'école et des coupons d'épicerie.
Laurie Adams, orthopédagogue d'une école de Cap-Rouge, a pris en charge trois ménages cette année. Son conjoint a fait une collecte en argent au bureau pour soutenir deux familles, et eux ont fait le panier pour la troisième. «C'est une grande valeur familiale», explique-t-elle. Ses parents venaient en aide à des familles démunies dans son Rimouski natal, et elle souhaite maintenant transmettre ses valeurs à ses deux enfants. Depuis l'an dernier, elle a de plus la chance de remettre en mains propres les paniers de Noël. «Quand on va les porter à l'école, on sait qu'on fait des gens heureux, mais de voir à quel point ils sont contents, c'est gratifiant, et je vous dirais qu'on est sur un nuage pour un bout de temps après ça!», décrit-elle.
Un petit luxe
«C'est de la nourriture qu'on ne se paierait pas, c'est un petit luxe supplémentaire. En général, on achète de la nourriture toujours en spécial. Ça, c'est mon petit velours», indique Louise Picard, une mère de deux enfants. La famille est habituée de se serrer la ceinture, mais cette année, il a fallu demander un panier, puisque le père est en arrêt de travail après s'être blessé. «Ce qui est toujours plaisant, c'est de recevoir un ou deux jeux neufs», note-t-elle. Elle les a emballés et placés sous le sapin. Et il y a toujours la surprise de voir autant de boîtes. Le ménage en a reçu neuf cette année.
Il règne à l'école Saint-Malo une ambiance de solidarité, d'entraide. C'était jour de fête hier, alors que c'était la dernière journée avant le congé de Noël. Des enfants se promenaient dans les corridors, jouets à la main, le sourire fendu jusqu'aux oreilles, certains en pyjama. Chacun avait amené un ou des jouets dont il ne voulait plus, pour le troquer contre un autre. Une grand-mère avait tricoté une paire de chaussons de lutins en laine pour chaque enfant de la maternelle. Et 15 élèves auront même l'occasion, lundi, d'aller magasiner de beaux vêtements neufs et des jouets pour Noël, gracieuseté de la Fraternité des policiers de la Ville de Québec. Et le temps des Fêtes se prolongera : les policiers ont remis à l'école des chèques-cadeaux pour l'épicerie, qui seront distribués en janvier ou en février, quand les réserves de nourriture des paniers seront épuisés.











