Fêtes du 400e: Guerre à la guerre était dans la mire des services secrets

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Fêtes du 400e: Guerre à la guerre était dans la mire des services secrets

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Aucun incident n'a perturbé la  manifestation du 3 juillet.

Photothèque Le Soleil, Yan Doublet

Baptiste Ricard-Châtelain
Le Soleil

(Québec) Les pacifistes de Guerre à la guerre et les militants de L'Autre 400e sont dans la mire des services secrets canadiens. Les contestataires de la capitale, qui ont protesté durant les célébrations du 400e anniversaire de Québec, représenteraient une menace à la sécurité nationale.

Dans des documents obtenus par Le Soleil en vertu de la Loi sur l'accès à l'information, les services secrets énumèrent les périls guettant les festivités de 2008 : les terroristes d'Al-Qaida y côtoient les «extrémistes séparatistes», les «extrémistes multicauses», les «extrémistes autochtones» et les opposants au clergé catholique.

Dans une série de rapports «secrets» ou «réservés à des fins officielles seulement» largement censurés, le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) détaille : parmi les cibles potentielles établies figurent le Con­grès eucharistique, le Spectacle aérien international, les visites de dignitaires étrangers, le défilé militaire de juillet dernier, le Rendez-vous naval de mai, le Sommet de la Francophonie...

Dans le document Un an de festivités : le 400e anniversaire de la ville de Québec ? Été 2008 le SCRS livre «un aperçu de la menace terroriste et des risques de violence à caractère politique envers les festivités (...)». On y découvre que «Al-Qaida (a) désigné le Canada comme cible légitime» et que «par le biais de son site Internet, L'Autre 400e appelle tous les intéressés à se joindre à eux pour une manifestation qui vise à perturber les fêtes du 400e».

L'Autre 400e? Une pléiade de grou­pes sociaux de la capitale s'étaient réunis sous le chapeau de La convergence de L'Autre 400e. Autant pour dénoncer «l'aspect marchand des célébrations», la «récupération» de la fête par l'Église et l'armée que pour souligner l'héritage autochtone.

Tant dans son site Web qu'au cours d'une entrevue télévisée, L'Autre 400e avait annoncé des «actions» contre le Congrès eucharistique, écrivaient, entre autres, les agents de renseignement.

Afin d'appuyer les craintes soulevées par Guerre à la guerre, les analystes du Centre intégré d'éva­luation des menaces, une branche du SCRS, notent que «l'activisme antiguerre s'est intensifié récemment au Canada et s'est traduit notamment par des actes de vandalisme contre des centres de recrutement des For­ces canadiennes».

Au printemps dernier, les agents secrets craignaient des manifestations à l'occasion du Rendez-vous naval au port de Québec et de la parade militaire du Royal 22e Régiment le 3 juillet. Guerre à la guerre appelle «à l'annulation du défilé, au retrait immédiat des troupes canadiennes d'Afghanistan et à la fin de la campagne de recrutement et de ?propagande? de l'armée canadienne», ont-ils consigné.

Pas de grand bouleversement

Des frousses justifiées? À la sui-te de la manifestation, les mêmes analystes écrivaient qu'elle «s'était déroulée sans incident ni grand bouleversement».

«Le principal mandat du SCRS consiste à recueillir et à analyser de l'information et des renseignements sur toutes les menaces à la sécurité nationale et à conseiller le gouvernement du Canada », a expliqué, dans un courriel, Isabelle Scott, du programme de liaison et de sensibilisation publiques des services secrets. Nous l'interrogions au sujet du rôle du SCRS, au sujet du bien-fondé d'une surveillance exercée sur des citoyens de la capitale.

Mme Scott a précisé : « Le SCRS a le mandat d'enquêter sur toute personne ou sur tout groupe qui appuie la violence et qui menace la sécurité du Canada en menant des activités autres que des protestations légales, le démarchage ou la dissidence.»

Le tout, dans le respect des lois, assure la porte-parole : «Le SCRS respecte les droits de chacun en matière de dissidence et de liberté d'expression. La Loi sur le SCRS énonce clairement que le SCRS ne peut faire enquête relativement aux protestations légales, au démarchage ou à la dissidence.»

Une perte de temps, estiment les pacifistes

Le Service canadien du renseignement de sécurité perd son temps en surveillant les pacifistes de Guerre à la guerre, assure leur porte-parole.

«Il n'y a jamais eu de casse, d'attaque contre les personnes, dans nos manifestations», certifie Olivier Amiot, étudiant et délégué média de Guerre à la guerre. Vrai, toutefois, que la désobéissance civile trône en bonne position dans leur arsenal contestataire.

Aussi, lors du défilé militaire du 3 juillet dernier, dans les rues de Québec, deux groupes affiliés à Guerre à la guerre ont manifesté. Le premier, familial, était moins actif. L'autre était prêt au «face-à-face» avec les soldats afin de signifier son opposition à la guerre en Afghanistan, explique-t-il.

Aucune accusation n'a été portée contre les manifestants, fait-il valoir. L'armée, selon Guerre à la guerre, s'assure que les voix discordantes peuvent s'exprimer.

Alors, pourquoi les services secrets vous classent parmi les «menaces à la sécurité nationale»? «Nous ne sommes pas une menace à la sécurité nationale. (...) C'est un peu le rôle des services secrets d'effrayer la population. Ça démontre que l'enjeu de la guerre est vraiment important.»

Diaboliser l'opposition

L'objectif des forces de l'ordre est de diaboliser l'opposition à la guerre, évalue Olivier Amiot. «Mais, il ne faut pas oublier que ce sont des revendications auxquelles une grande partie de la population québécoise adhère.»

Si Guerre à la guerre menaçait vraiment le Canada, le groupe n'annoncerait pas ses activités dans Internet, ajoute Olivier Amiot. «La répression, l'espionnage, la judiciarisation de la contestation, ce n'est pas quelque chose de nouveau.»

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